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La transition vers la République.Le groupe de travail et la déclaration gouvernementaleFilip Reyntjens, Pouvoir et Droit au Rwanda. Droit public et Evolution Politique, 1916-1973 (Tervuren, Koninklijk Museum voor Midden Afrika, 1985: pp.265-267)
Il importe de mentionner ici un avis important adressé au Groupe de travail, celui du Conseil supérieur du pays qui consacra une partie de ses 20ème et 21ème sessions (avril 1959) au problème politique [4]. Le rapport de la commission politique ayant préparé l'avis du Conseil [5] situe son initiative dans la ligne de la "Mise au point" adressée à la mission de visite du Conseil de tutelle en 1957. Le Conseil avait exprimé à cette occasion le souhait unanime de voir élaborer un plan d'émancipation du pays vers l'indépendance, but final de la tutelle. La commission constate que "[c]e voeux n'a jusqu'ici reçu de suite , alors qu'il s'avère urgent de déterminer les différentes étapes vers l'indépendance et établir un timing" [6] Considérant le stade d'évolution du Rwanda et les étapes franchies par d'autres territoires africains, le rapport réclame l'autonomie interne pour 1960 [7]. Il propose comme forme de gouvernement une monarchie constitutionnelle avec des ministres responsables et une assemblée législative, en partie élu de façon indirecte et en partie cooptée, ainsi que la séparation des pouvoir et la codification des coutumes. Le rapport soumet également des propositions en matière économique, sociale, de politique extérieure et relations humaines [8]. Dans une situation normale de décolonisation, l'avis du Conseil supérieur du pays aurait eu un poids considérable parce qu'il aurait constitué la voix d'une nation en devenir réclamant l'indépendance. Ce ne pouvait être le cas du Rwanda en 1959: le Conseil supérieur du pays défendait les mêmes thèses que celles avancées quelques mois plus tard par l'UNAR, et le caractère représentatif du conseil était contesté tant par les Hutu que l'Administration belge. Nous verrons que la thèse opposée à celle du conseil, celle de "la démocratie d'abord, l'indépendance ensuite", l'emportera. ...
Le 10 novembre 1959, en pleine jacquerie du Rwanda, A. De Schrijver, ministre du Congo belge et du Ruanda-Urundi, présenta la déclaration gouvernementale sur la politique de la Belgique au Ruanda-Urundi à la Chambre des Représentants. [10] et au Sénat [11]. Il résumait en essence les propositions faites par le Groupe de travail dont il fut le président avant de devenir ministre. Le programme politique devait, selon lui, se dérouler en deux stades: d'abord l'installation d'un gouvernement disposant d'une autonomie progressive sous la tutelle générale de la Belgique; ensuite l'élection (indirecte) du Conseil du Pays, détenant avec le Mwami le pouvoir législatif local, qui lui serait graduellement attribué. Ces deux stades devaient mener à une autonomie interne de plus en plus prononcée d'abord, à l'indépendance ensuite. Le gouvernement se refusait à fixer une échéance pour ces réformes et insistait sur le fait que les mesures proposées étaient transitoires. Au terme de cette période intérimaire "d'autres formules mieux adaptées aux voeux des populations pourront, s'il y a lieu, être retenues". Il est remarquable que le ministre ne fit aucune référence explicite aux événements violents qui se déroulaient au même moment au Rwanda; ils devaient pourtant considérablement modifier les données du problème. Lors du débat parlementaire, les seules critiques vinrent du Parti communiste (M. Moulin à la Chambre et M. Noël au Sénat); les démocrates-chrétiens et les libéraux (partis majoritaires) soutinrent sans réserve le ministre tandis que les socialistes se limitèrent à quelques critiques de détail. A la chambre, un ordre du jour de confiance (la Chambre "souhaite que le retour de l'ordre et de la paix des esprits permettent au plus tôt l'exécution de la politique exposée par le gouvernement et pour la réalisation de laquelle elle lui fait confiance.") fut voté majorité (111 voix) contre opposition (70 et une abstention) [12]. Au Sénat le président constata, après une discussion de haut niveau, l'"accord général de l'Assemblée, tout au moins sur les lignes générales qu'il (le ministre) vient d'exposer" [13]. Il n'y eut dès lors pas de vote. Notes
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