Départ du Colonel Guy Logiest et réactions leaders rwandais

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Départ du Colonel Guy Logiest et réactions de la classe politique rwandaise

Dans notre article intitulé Crise de mémoire: Souvenirs et oublis au Rwanda, nous avons démontré que les rwandais interprètent leur passé différemment. La période qui va de la fin des années 50-début 60a été particulièrement analysée. Le rôle du colonel Guy Logiest fut déterminant car, avec son arrivée, le mouvement émancipationniste hutu a reçu le soutien militaire, politique et diplomatique du colonisateur. Ni Logiest ni Grégoire Kayibanda ne cachent l’amitié qu’ils avaient l’un pour l’autre. En 1962, Logiest fut nommé ambassadeur de Belgique au Rwanda. Les extraits ci-dessous sont tirés de l’autobiographie de Logiest intitulée Ma mission au Rwanda : Un blanc dans la bagarre Tutsi-Hutu (Bruxelles : Didier Hatier, 1988 : 209-212)



Pendant que dura ma charge d’ambassadeur, j’eus encore l’occasion de rendre quelques services au Rwanda. Au point qu’aux Affaires étrangères, à Bruxelles, on se moquait gentiment de moi en appelant l’ambassadeur des Rwandais. Au cours de ces contacts au ministère, j’eus cependant l’impression de plus en plus forte que mon séjour au Rwanda ne serait que de courte durée. Des influences agissaient en ce sens et M. Davignon me l’avait d’ailleurs fait pressentir. Je ne fus donc pas autrement surpris lorsqu’en avril 1963, je reçus le télégramme suivant.

Gouvernement congolais a demandé à la Belgique de procéder à la réorganisation de l’armée congolaise stop à cette fin ai fait savoir que j’étais prêt à mettre à leur disposition 100 à 150 officiers et sous-officiers stop en accord avec le ministre de la Défense nationale et répondant aussi aux suggestions du gouvernement congolais et du général Mobutu, je souhaiterais que vous assumiez direction de cette mission stop il serait donc bon que vous reveniez dans de brefs délais à Bruxelles afin de participer au recrutement des instructeurs et détermination modalités votre nouvelle mission stop je suis certain que vous êtes la personne désignée pour mener à bien cette délicate et difficile mission essentielle pour la stabilité de l’Etat congolais stop je vous serais reconnaissant de me faire savoir si vous acceptez cette mission stop très urgent et pour colonel Logiest seulement stop (signé) Spaak

Je ne pouvais pas refuser de reprendre le métier des armes. Mais c’est avec grande tristesse que je me préparai à quitter ce Rwanda où j’avais connu tant d’heures de soucis et d’inquiétudes, sans doute, mais aussi de profondes joies. Où j’avais appris à mieux connaître la nature humaine, ses bassesses et ses crimes mais aussi son courage et sa générosité.

Le président Kayibanda me dit également sa tristesse de me voir quitter son pays. Il m’adressa un mot d’adieu émouvant que je reproduis ci-dessous.

Cher Monsieur Logiest,



En tant qu’ami, mes voeux vous accompagnent, non seulement au Congo, mais là aussi où le devoir vous enverra.

Ma conviction est que la Providence de Dieu a utilisé votre caractère pour sauver notre pays.

Votre arrivée au Rwanda en novembre 1959 a sonné l’heure de la libération définitive des masses rwandaises.

Vous avez contribué essentiellement à la réussite du Mouvement hutu dont j’étais le leader. Vous restez « l’Ami du Peuple Rwandais ».

Mais votre action porte plus loin : elle a prouvé concrètement que l’idéalisme n’est pas une vaine fumée mais une force efficace prévue par Dieu dans la marche de l’Histoire du monde.

Puissiez-vous avoir des imitateurs non seulement en Afrique, mais aussi dans ces pays dont la richesse égale la sauvagerie, dont les progrès techniques égalent les erreurs fondamentales, parce que bon nombre de leurs leaders, n’ont pas vu la primauté de l’Amour.

Votre conduite droite servira d’ exemple aux générations qui nous suivent.




Votre ami,

(Signé) Gr. Kayibanda.

L’UNAR, par contre, et on la comprend, manifesta sa grande satisfaction de me voir partir dans un article de son organe bimensuel Unité du 15 mai 1963. Il vaut la peine d’être reproduit.

Adieu mon Colonel,



Le Colonel BEM Logiest s’en va !! Si nous en croyons les informations de la BBC, reprises ensuite par Radio-Rwanda, celui que tous les rwandais désignent sous le nom de « Spécial » aurait été désigné par le Gouvernement belge pour être mis à la disposition du Gouvernement congolais dans le cadre de l’aide technique belge pour la réorganisation de l’armée congolaise.

L’arrivée du Colonel au Rwanda se confond avec la date des événements sanglants de novembre 1959 qui ont marqué d’une pierre blanche l’histoire du Rwanda.

Pour ceux qui ne le savaient pas, le Colonel Logiest est arrivée au Rwanda venant du Congo où il venait d’accomplir une importante mission, puisqu’il venait de prendre une part active à l’arrestation de Patrice Lumumba s’il ne l’a pas opérée lui-même. Aussi pensons-nous, Stanleyville doit avoir gardé de lui un souvenir bien vivant. Malheureusement, ce n’est pas là qu’il élira son quartier général, mais bien à Léopoldville où les émotions doivent être moins vives.

Quant à nous qui l’avons côtoyé trois ans durant, nous sommes bien aise ou plutôt nous serons bien aise de le voir partir, car à notre avis, sa mission pour nous est consommée, et depuis qu’il n’est plus désigné que sous le titre de « S.E. l’Ambassadeur de Belgique au Rwanda », que certains de ses compatriotes se plaisent à transformer en « Ambassadeur du Rwanda auprès du Gouvernement belge », son départ ne pouvait plus affecter un seul rwandais.

Enfin, il s’en va, et cette fois, il semble que ce soit du définitif, car les responsabilités qui lui échoient aujourd’hui doivent tabler sur une longue échéance. Même quand il aura accompli sa nouvelle mission, sa place ne sera plus ici, mais bien aux côtés de J.P. Harroy et de sa demi-douzaine d’Usumbura pour recevoir des mains de M. Spaak la récompense due aux fidèles serviteurs. Nous aurions cependant souhaité, pour que son départ s’effectue en toute beauté, que s’en aillent aussi du coup toutes ses inventions. C’est-à-dire que soient levées immédiatement toutes les mesures arbitraires mises en vigueur sous son règne, et qui tendent aujourd’hui à passer en coutume.

Nous voulons parler par exemple de ce système de permis de circulation à bord de véhicules automoteurs qui n’existe nulle part ailleurs dans un pays indépendant et qui fait tout simplement la honte de l’Afrique du sud.

Alors, libérés de l’ancien chef de l’administration coloniale au Rwanda, exempts de toutes les séquelles du régime, et fiers de notre indépendance, nous pourrons dire sans regret : Adieu mon « Colonel .»