« La question Tutsi-Hutu constitue un problème
indéniable en ce pays d’inégalité de conditions.
Il y a un problème de paupérisme généralisé qui touche
des masses numériquement beaucoup trop importantes de
la population avec , chez ces économiquement faibles, une
conviction d’oppression politique, sociale et économique
de la part d’un certain nombre de représentants de leurs
autorités locales.
Une analyse objective de la situation permet d’admettre que
l’organisation politique et administrative, au niveau des
collines, est actuellement telle que les abus sont possibles.
Ces abus sont-ils rares ou fréquents ?
D’éminentes autorités, africaines comme européennes, sont formelles
pour affirmer que, la fréquence de ces iniquités est beaucoup trop grande.
L’ Eglise, dans une Lettre Pastorale de l’an dernier, s’est émue.
Par deux « lettres aux sous-chefs » le Mwami Mwambutsa a énoncé sur
ce thème, des vérités fort sévères.
Il est un fait que le groupe social des Tutsi détient un pourcentage
très élevé des postes officiels dont les tributaires peuvent se rendre
coupables d’abus, et que, d’autre part, le groupe des Hutu forme
l’immense majorité des masses pauvres où se situent les victimes
de ces abus.
Faut-il, vu ce qui précède, admettre que le passé nous a
légué et que l’administration belge n’est pas parvenue
à éliminer une caste « tutsi » opprimante, exploitant la
masse « hutu » sans défense ? Ou devons-nous plutôt reconnaître
que l’état actuel des choses permet encore, au Ruanda-Urundi comme
dans beaucoup de pays du monde, que la classe paysanne soit
insuffisamment à l’abri des vexations de certains représentants
locaux de l’autorité, un état de fait seulement, et non une
structure politique reconnue ?
L’Administration belge a toujours opté pour
la deuxième alternative. Elle s’ est toujours efforcée de traquer
les abus partout où elle les repérait, mais nullement de s’attaquer
aux Tutsi en tant que tels.
Il est incontestable qu’aujourd’hui, la
situation se modifie progressivement et dans le bon sens.
Certes, l’évolution est encore lente, la conspiration du si
lence perdure encore en beaucoup d’endroits mais les premiers
progrès sont là pour prouver que le processus est déclenché. ..»