Préparation de l'attentat contre le président
Habyarimana selon le Lieutenant Abdul Ruzibiza
Introduit et commenté par
Olivier Nyirubugara
Avril 2007
Cet article est basé sur le livre suivant: Abdul Ruzibiza,
RWANDA: Histoire secrète(Paris:Editions du Panama,2005 )

Olivier Nyirubugara, Rédacteur www.olny.nl ©O. Nyirubugara,October 2006
| Depuis l’attentat contre l’avion du Président
Juvénal Habyarimana dans la nuit du 6 avril 1994, les langues se sont
déliées, aussi bien celles des politiciens, des diplomates, des
journalistes que celles des savants, pour identifier d’une part l’auteur
de cet attentat et, d’autre par, le lien entre celui-ci et le génocide
qui a suivi.
Dans un travail intitulé «
Citations, Analyse
et commentaires de RWANDA: Histoire secrète
du Lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza » que nous avons posté
sur ce site en novembre 2006, et d’où la plupart des passages du
présent article ont été tirés, nous avons comparé
Ruzibiza à l’Abbé Alexis Kagame, car les deux avaient permis
de percer les secrets des régimes qu’ils connaissaient et qu’ils
avaient servis. Les allégations explosives et détaillées
compilées dans le témoignage de Ruzibiza ont certainement tourné
une page importante de l’histoire et ont permis une vision différente
de l’histoire la décennie 90, tout en confondants experts et journalistes
qui avaient émis des hypothèses indéfendables à
ce jour.
Néanmoins, il faut noter un élément important
qui a attiré notre attention. Le gouvernement rwandais, dont les dirigeants
et hauts cadres sont tous pointés du doigt par Ruzibiza, a récemment
réagi à propos de Ruzibiza et d’autres « traîtres
» qui ont collaboré avec le juge français Jean-Louis Bruguière.
Dans un document intitulé «
Rwanda Government’s Reaction
to Judge Bruguière’s Indictment Saga » rédigé
en réaction aux mandats d’arrêts du juge Bruguière
contre les proches du président Kagame, le gouvernement rwandais s’attaque
énergiquement aux témoins clés de ce juge, parmi lesquels
se trouve Ruzibiza.
Selon le gouvernement rwandais, Ruzibiza n’est qu’un
simple officier « qui a déserté l’armée en
2001 après une condamnation pour détournement de fonds à
une peine de 10 ans d’emprisonnement et le retrait de ses galons militaires
par le Tribunal Militaire ». Selon ce document, Ruzibiza était
basé à Kisaro où il était aide de camp d’un
commandant de bataillon et n’a jamais été au CND, et encore
moins, à Kigali parmi les
infiltrés du Network Commando. Contrairement
à ce qu’il prétend, il n’a jamais été
affecté à Mulindi et donc n’a jamais pu être au parfum
des top secrets d FPR.
Plus grave encore, les anciens patrons de Ruzibiza affirment
qu’il a séjourné pour traitement à l’hôpital
psychiatrique de Ndera, ce qui lui a épargné des peines d’emprisonnement
pour détournement. Le document conclut au sujet de Ruzibiza qu’il
a été exfiltré par les services secrets français.[
Cliquez
ici pour lire la réaction du gouvernement]. Quoi qu’il en soit,
cette réaction est plus intéressante et plus « sérieuse
» que celle du président Kagame, qui, dans un
article de Jeune
Afrique du 5 février 2007 a été cité au sujet du
livre de Ruzibiza disant qu’ « il est aisé de se rendre compte
du degré d'idiotie, de non-sens de cet ouvrage, même pour une intelligence
moyenne »
Ceci dit, nous proposons au lecteur de redécouvrir certains
passages du livre de Ruzibiza concernant la préparation du chaos et de
l’attentat contre le président Habyarimana par le FPR
Raccourcis
La préparation du chaos
Provoquer le chaos pour justifier la reprise des combats "[Fin 1992] Le FPR a poursuivi avec vigueur l'entraînement
de ses commandos dont la mission était de créer le chaos à l'intérieur du pays afin de justifier la reprise
des combats. [Note: je suis témoin oculaire de l'entraînement des commandos]
Nous verrons plus loin
que les soldats du FPR, par vagues successives, se sont infiltrés dans le pays et ont commencé à
assassiner de
hautes personnalités , à poser des bombes et à lancer des escarmouches dont la responsabilité était imputée à
l'armée gouvernementale. Le FPR trouvait ainsi une occasion de provoquer systématiquement les massacres des Tutsis
par le MRND et la CDR, aucune autre raison ne pouvant justifier la
reprise des combats. Le FPR a également planifié
les assassinats des Hutus de l'opposition, dont le MRND serait rendu responsable." p. 179
Entraînements pendant les négociations:"Nous avons débuté les entraînements à de longues
marches, à l'endurance, à la fatigue et au transport de matériel lourd. Au cours de cette phase, certaines unités
de l'APR pliaient bagage et se croisaient comme si elles se relayaient...Arrivés à destination, les soldats
prenaient un petit moment de répit avant de recevoir les ordres de retourner au point de départ. Cela a permis à presque
tous les soldats des différentes mobiles de s'habituer à faire des marches de 80 km et à ne prendre
de repos que pour préparer à manger." pp. 181-2
Le Network Commando évalue sa force de frappe avant le chaos:
"Il faut rappeler que ces attaques de février 1993 ont été lancées par l'APR afin d'évaluer sa force de frappe
et l'état d'avancement de la mission du Network Commando. Ce commando avait été créé et organisé pour
susciter un climat de chaos au niveau national, tout particulièrement en s'infiltrant dans les milices MRND et CDR
et en renforçant leurs actions terroristes afin de montrer que les Tutsis restant touours la cible des tueurs, la re
prise de combat était justifiée."
Le FPR se servit de la zone démilitarisée pour préparer l'attaque simusiga:
Les deux principales exigences
du FPR qui reçurent satisfaction étaient le retrait des
militaires français du Rwanda et l'instauration d'une zone
démilitarisée. Le FPR tenait à la création de cette zone démilitarisée , car il pouvait l'infiltrer à sa guise tandis que
les FAR ne pouvaient y mettre pied sous peine de protestations du FPR. Le FPR pouvait ainsi aisément préparer une
attaque
d'envergure, la dernière, surnommée simusiga ("ne rien laisser derrière"). Cette
attaque devait se préparer
(entraînement, accumulation de matériel militaire) sans se soucier de l'ennemi car la zone dite démilitarisée
séparait les deux protagonistes". p. 195
Préparatifs de la dernière attaque:
"Dès lors le FPR allait préparer la dernière attaque de grande envergure pour prendre le pays. Un test avait été
fait au cours des attaques de Byumba et de Ruhengeri le 8 février de la même
année [1993] Depuis que nous avions obtenu que les
militaires français soient retirés du pays, nous avions acquis l'assurance
que nous pouvions prendre la ville de Kigali.
L'APR a constitué de petits groupes d'escadrons très spécialisés dans l'
infiltration dont
la plupart avaient des physionomies trompeuses quant à leur ethnie parce qu'ils ressemblaient aux
Hutus. Ils
avaient appris à combattre le gouvernement par des méthodes sophistiquées.
Des renseignements sur les hommes politiques et leur position vis-à-vis du FPR ont commencé
à être discrètement recueillis.
Celui qui était ouvertement contre le FPR devait être tué, les autres, qui pouvaient
adhérer à ses idées, ont été courtisés afin de ne pas constituer un obstacle aux objectifs du FPR.
Ce travail de renseignement sur des personnalités politiques hutues a été confié à Seth Sendashonga et au Major
Théoneste Lizinde, hutus l'un et l'autre. Le rapport final devait être confectionné par Seth Sendashonga et remis
en mains propres à Paul Kagame. Lorsque les contacts restaient infructueux, l'APR prenait l'affaire en mains
pour donner une suite appropriée. Cette suite était évidemment l'
assassinat. La mission était confiée au SO Karake
Karenzi. "pp.201-2
Les derniers préparatifs de l'
attaque simusiga: "
[Mars 1994] Au sein du FPR, les derniers préparatifs d'une
guerre totale pour la prise du pays ont été mis en
place. Depuis le 14 mars jusqu'au 4 avril, des réunions se sont tenues pour préparer la
reprise des combats.
Dans cette perspective, les officiers supérieurs du haut commandement ont analysé article par article le
fonctionnement du cadre militaire. Chaque unité a reçu des ordres selon ses positions et le chemin à prendre." pp. 227-8
Le FPR devait coûte que coûte provoquer le
chaos étant même associé à la gestion du pays:
"Au cas où le MRND acceptait , en application des accords [d'Arusha],l'entrée du FPR au gouvernement, le FPR devait,
malgré tout, créer le chaos à l'intérieur du pays.
[N.d.l.r. Lire: "Le Conflit Rwandais",
3.5.2. L’Accord de Paix s’Arusha, paragraphe 5 et
4.2. Une guerre sauvage et très meurtrière, paragraphe 2] Dans le cas contraire, le FPR devait engager une
guerre totale pour
s'emparer du pouvoir. Le FPP et l 'APR devaient donc
préparer les militaires et les cadres pour que cette opération puisse
réussir." p. 206
Créer la confusion en faisant tuer les Tutsi et par des assassinats non revendiqués:
"Ces incursions de l'APR [du 17 au 18 novembre 1993 dans les communes Cyeru, Nyamugali et Kidaho par les éléments
d'élite du 59e bataillon] avaient également pour objectif de chauffer les esprits, de créer le désordre
afin de montrer l'impuissance de l'Etat et donner au FPR des arguments pour s'emparer du pouvoir par la force.
C'était là le piège. Il fallait inciter les milices du MRND et de la CDR à tuer des Tutsis afin que le FPR
puisse relancer les combats. Pour la première fois, des assassinats avaient été perpétrés sans que personne
n'en connaisse les auteurs, sauf pour l'assassinat de Fidèle Rwambuka (22 août 1993) [Note: membre du comité
central du MRND et bourgmestre de Kanzenze, au Bugesera...]. Alors que les milices du MRND et de la CDR commettaient
des massacres en plein jour sans se soucier de quoi que ce soit, ces tueries non revendiquées et faites de nuit
étaient la spécialité de l'APR." p. 209
Les FAR alertent la MINUAR sur les incursions provocatrices
du FPR qui risquent de conduire au chaos:
"[3/12/1993] On rapporte que les hauts officiers des FAR ont écrit au commandement de la MINUAR pour
l'informer que des attaques semblables à celles effectuées par l'APR en commune Mutura allaient s'étendre
dans d'autres zones , surtout celles habitées par les Tutsis, afin d'imputer ces crimes au MRND et
de permettre au FPR de relancer la guerre. Ce courrier avait pour objectif de prévenir à temps la MINUAR
afin d'éviter que ces actes de l'APR ne conduisent à l'effusion de sang de la population civile innocente." p. 210
Bagosora annonce l'
apocalypse, Kagame prépare le
chaos:

Le colonel Théoneste Bagosora, l' annociateur de
l' apocalypse.
© www.globalelection.org
|
"Tandis que pour les rwandais l'espoir de la paix était retrouvé, les deux adversaires armés s'attendaient eux à l'
apocalypse
prédite par le Colonel Théoneste Bagosora [Note: ...directeur de cabinet au ministère de la Défense. En janvier 1993,
de retour d'Arusha où il participait aux
négociations avec le FPR, il aurait déclaré qu'il allait "préparer l'
apocalypse"].
Le général Paul Kagame aussi avait préparé quelque chose de semblable, projet que nous avions nommé
Simusiga - ondoa vumbi "balayez la poussière sans laisser derrière". le peuple ne pouvait rien deviner
derrière les apparences." p. 217-8
Le bataillon du CND chargé de préparer l'
attaque ultime:
"Moins d'une semaine avant le début de l'année [1994], le feu vert avait été donné pour installer les soldats
du 3e bataillon à Kigali en vue de protéger les personnalités politiques du FPR. Mais ce n'était pas le principal
motif de leur présence. Ils étaient plutôt là pour préparer l'ultime bataille." p. 219
Le FPR massacre les Tutsis loin des lignes de front pour augmenter la confusion:
"[8/2/1994] L'APR a lancé des escarmouches en divers lieux des préfectures de Ruhengeri et Gisenyi pour montrer que la paix dont
devaient répondre le MRND, le MDR-power, le PL-Mugenzi ainsi que la CDR n'existait pas. Des paysans Tutsis ont été
massacrés à Mutura, particulièrement à Kabatwa. Cette opération a été menée par le major Gashayija Bagirigomwa ainsi
que le capitaine Moses Rubimbura qui faisaient partie de l'unité Charlie mobile à Butaro...Des massacres
avaient eu lieu ces jours-là dans lesquels ont péri des dirigeants de toutes les communes de la sous-préfecture
Kirambo. C'est dans le même mois que plusieurs soldats du FPR en civil, dits
"techniciens", avaient été envoyés
clandestinement à Kigali et partout dans le pays. C'est dans le même mois que des
personnalités de divers partis
ont été assassinés pour faire empirer la situation." pp. 222-3
Les assassinats de Gatabazi et Bucyana surchauffent
les esprits:" Ces deux assassinats successifs
[ 22 et
23 février 1994] ont surchauffé les esprits de sorte
qu'à Kigali il y a eu des affrontements au cours desquels plus de trente personnes ont trouvé la mort." p. 225
Les agents du FPR participent aux manifestations violentes:"
Des Interahamwe et Impuzamugambi, des Power et leurs complices ont organisé des manifestations violentes

Miliciens Interahamwe pendant une manifestation dans la ville de Kigali.
© www.uni-koeln.de
|
dans la ville de Kigali. La vie s'est arrêtée. Des personnes furent pourchassées, des dizaines furent massacrées. Parmi
ces manifestants, il y avait des militaires du FPR infiltrés comme le capitaine Kiyago
[N.d.l.r. le meurtrier de Gatabazi], le lieutenant Jean Pierre Gatashya,
le capitaine Hubert Kamugisha [N.d.l.r. qui participa à l'organisation du
meurtre de Gatabazi et fut à son tour tué par ses propres compagnons d' armes]
", le sergent Mugisha alias Interahamwe
[N.d.l.r. le meurtrier de Katumba]et d'autres. le but était de chauffer
les têtes, de semer le chaos et la désolation dans tout le pays afin que la reprise de la guerre soit opérée
sur un terrain déjà préparé" pp. 225-6
L'annonce de la présence du FPR au sein des milices accélère les
préparatifs: "[29/3/1994] Une réunion du haut commandement militaire de la branche de l' état-major
chargée des opérations militaires et des combats (G3) au sein des FAR s'est tenue. Cette réunion
avait recommandé à la population de rester sur ses gardes parce que l'ennemi l'assiégeait. Sans en avoir
formellement la preuve, il semble que les membres de cette réunion ont expliqué la gravité d'une situation devenu explosive
puisque les Inkotanyi avaient infiltré en grand nombre la ville de Kigali. Comme ils s'étaient dissimilés
au sein des jeunesses de partis comme le PSD, PL et Interahamwe, les Inkotanyi étaient devenus
insaisissables. Ceux qui se trouvaient au sein des Interahamwe accomplissaient correctement le travail
des Interahamwe de sorte que personne ne pouvait les soupçonner. Ceux qui se trouvaient dans d'autres
partis étaient protégés par leurs collègues. Cependant, après une réunion comme celle-là, il n'était plus
possible aux soldats du FPR d'opérer clandestinement dans la ville de Kigali ou dans les villes sous
contrôle du gouvernement. La mise en place de la défense civile a accéléré les préparatifs du FPR à Mulindi." p. 231
|
Commentaires et analyse:
Cette révélation de Ruzibiza appelle la question suivante. Que veut dire Rizibiza quand il écrit:
Ceux qui se trouvaient au sein des Interahamwe accomplissaient correctement le travail
des Interahamwe de sorte que personne ne pouvait les soupçonner. p. 231 .
Un syllogisme sallustien aidera le lecteur, sans l' y forcer bien sûr, à tirer sa conclusion. Voilà! Raisonnons un peu:
"Nous avons infiltré tous les réseaux dont ceux des Interahamwe", écrit
Ruzibiza à la
page 228 avant de poursuivre à la
page 231 en ces termes: "Ceux qui se trouvaient au sein des Interahamwe accomplissaient correctement le travail
des Interahamwe de sorte que personne ne pouvait les soupçonner".
OR Les Interahamwe ont arrêté "le plan d'extermination des Tutsis de la ville de Kigali", affirme encore
Ruzibiza à la
page 228, et l' ont exécuté.
DONC Le FPR a planifié et exécuté le génocide, puisque ses agents ont accompli
irréprochablement
le travail des Interahamwe, surtout quand le lecteur sait, grâce entre autres à
Ruzibiza, que le FPR a assassiné
des paysans Tutsis à Mutura (page 222), a bombardé les abris où se cachaient les Tutsis comme l' Eglise de la Sainte Famille
(pages 290-1).
|
Dernière mise au point au sujet de l'assassinat du président
Juvénal Habyarimana:

Le Président Juvénal Habyarimana.
|
"[31/3/1994] Une réunion s'est tenue à Mulindi, dirigée par le général-major Paul
Kagame et à laquelle assistaient le colonel Kayumba Nyamwasa, le colonel Théoneste Lizinde, le
lieutenant-colonel James Kabarebe, le major Jacob Tumwine et Charles Karamba. La décision a été prise qu'à toute
heure, dès que l'opportunité s'en présenterait, l'avion du président Habyarimana serait abattu. Le 3è bataillon
a reçu l'ordre de se protéger puisque l'attentat devait entraîner des combats contre ses hommes. Le major Tumwine
a reçu le plan de l'acheminement des renforts pour la reprise immédiate des combats. " p. 232
Attentat manqué contre le Président Juvénal Habyarimana à son retour
de Gbadolite:
"[5/4/1994] Le président Habyarimana s'est rendu au Zaïre, à Gbadolite, pour une courte visite chez Mobutu Sese Seko.
Celui-ci lui aurait conseillé d'accepter le gouvernement qui comprenait des membres du FPR et de chercher les
moyens de l'anéantir après l'avoir accepté. C'est du moins ce que certains affirment parce que le lendemain,
en Tanzanie, il a accepté tout ce qui lui a été demandé à la surprise générale. Le 5 avril, il a failli être
abattu à son retour du Zaïre mais il n'as pas été possible de disposer les missiles à l'endroit du tir
en pleine journée." p. 237
Attentats manqués contre le président Habyarimana:
"Plusieurs tentatives d'assassinat du président Habyarimana ont été
manquées.
Parmi les possibilités, figurait celle de l'abattre à bout portant sur
le route. Ce n'était pas
facile parce qu'il avait limité ses déplacements par voie terrestre, il
ne sortait plus en dehors de Kigali.
Lorsqu'il était en déplacement, les forces de sécurité utilisaient
plusieurs stratagèmes pour que l'on
ne sache pas par quel moyen il était arrivé. Des hélicoptères et
plusieurs voitures étaient mobilisés.
Il avait été planifié de l'assassiner à Kinihira (en préfecture de
Byumba) pendant les
négociations
avec le FPR, du 15 au 25 juillet 1993. Les exécutants n'ont pas pu
accomplir le forfait parce qu'il
y avait plusieurs voitures remplies de gardes du corps, de militaires
du GOMN chargés de superviser
l'arrêt des combats. Ceux qui devaient exécuter cet attentat risquaient
d'y laisser leur peau. La dernière
possibilité la moins onéreuse pour le FPR Inkotanyi, était
d'
abattre l'avion transportant le
président Juvénal Habyarimana. Pour un avion aussi rapide, il n'était
pas possible d'utiliser n'importe
quelle arme." p. 241
Derniers détails avant l'attaque ultime:
"Dès la première semaine d'avril, l'APR avait fini les derniers préparatifs. Toutes les armes et munitions
ont été déterrées et chaque unité a reçu son armement. [1/4/1994] Toutes les unités ont changé de fréquences
radios HF et VHF. de nouveaux codes ont été distribués, les signaux d'appel ( call signs) ont également
été changés; les chargeurs de batterie ont été distribués. Cette opération, qui a duré trois jours, était supervisée
par les majors Bushanda et Kamiri Karege. Des spécialistes ont même été envoyés à Kigali pour changer les fréquences
radios du 3è bataillon. Des officiers qui n'avaient pas encore de tâches précises, ont reçu des affectations et des
mutations ont eu lieu parmi les hauts officiers." p. 234
La RTLM annonce que le FPR prépare l'irréparable:
"[3/4/1994] Le journaliste Habimana Kantano a annoncé sur la RTLM que le FPR allait commettre l'irréparable
( gukora akantu) et que ça serait la fin des Tutsis. L'information a été reprise par Valérie
Bemeriki et Gaspard Gahigi" p. 235
Les SAM 16 qui
abattirent le jet présidentiel:
"L'APR avait en sa possession un deuxième type de missile, le SA-16 que
nous appelons SAM 16 ou Igla.
Ce type de missile, comme les SA-7, provenaient des stocks de l'armée
ougandaise ( National Resistance Army-NRA)
aujourd'hui appelée UPDF, Uganda People's Defence Forces . Ces
missiles n'ont jamais été utilisés
au sein de l'APR. Il n'y avait qu'un seul spécialiste en la matière,
nommé Frank Nziza. Il avait appris
à manier les missiles Igla dans la NRA...En avril 1994, l'APR possédait
seulement quatre missiles de ce type.
Avant la planification de l'attentant contre le président Habyarimana,
ces missiles étaient gardés dans le stock
de l'APR à Mbarara en Ouganda. Il y en avait un à Mulindi, au
quartier général de l'APR
pour la sécurité aérienne. Par la suite, trois gardes du corps du
major Paul Kagame furent
sélectionnés et envoyés en formation en Ouganda pour pouvoir utiliser
ces mussiles SA-16 (Igla).
Il s'agit des sergents Nyamvumba Andrew, Twagira Steven et du caporal
Hakizimana Eric. Les missiles
qui se trouvaient à Mbarara ont été transportés au Rwanda le 6 janvier
1994, le 3è bataillon était
arrivé au CND depuis très peu de temps...Le nombre de tireurs de
missiles avait augmenté,
chaque unité mobile devait en compter au moins quatre, avec un
nombre égal de missiles
SA-7. C'est le lieutenant Alphonse Kayumba qui commandait ces tireurs.
Il avait sous ses ordres le
sous-lieutenant Frank Nziza plus expérimenté mais moins gradé que
lui." pp. 242-4
Introduction des
missiles SAM-16 dans Kigali avec la complicité
de la MINUAR:
"C'est un stratagème qui avait été mis au point au préalable. Le FPR avait tout d'abord refusé tout

Le général Roméo Dallaire commandant de la MINUAR.
© Radio Canada
|
ravitaillement en nourriture sous prétexte de crainte d'empoisonnement Il a exigé de se ravitailler
lui-même à Mulindi, les courses plus légères étant effectuées par l'intermédiaire de ses agents
aux environs et dans Kigali. Ce stratagème a servi pour faire entrer beaucoup de soldats
et d'autres armes non répertoriées dans la liste de la MINUAR. C'est de cette manière-là également
que deux missiles SA-16 (Igla) ont été introduits dans la ville. Quand c'était possible, le camion qui transportait
le bois de chauffage de Mulindi à Kigali était également chargé du matériel nécessaire. Les grenades,
les cartons de munitions étaient enfouis dans des sacs de maïs ou de haricots secs sous le bois de chauffage.
La MINUAR n'a jamais soupçonné cette supercherie. Des soldats étaient envoyés en tenue civile impeccable
en tant que politiciens du FPR, ou gardes du corps de politiciens devant retourner avec eux à Mulindi.
Les militaires restaient dans la ville, d'autres civils étaient envoyés à leur place à Mulindi.
D'autres soldats entraient dans la ville par divers subterfuges. Les missiles sont arrivés à Kigali, vers
la fin janvier 1994 cachés dans un convoi de six soldats de l'APR sous les ordres du capitaine
Gilbert Ruzahaza, l'un des officiers de l'APR du 3è bataillon à Kigali. Cette équipe était accompagnée
par des soldats de la MINUAR originaires du Ghana ainsi que d'un représentant de l'APR auprès de la MINUAR,
le capitaine Godfrey Butare. Dès qu'ils sont arrivés à Mulindi, le capitaine Godfrey Butare a conduit les
soldats de la MINUAR visiter les locaux de la direction de l'APR, mais en fait pour permettre le chargement
des missiles en dehors de leurs regards. Il les a conduits sur un terrain de volleyball pour faire passer
le temps pendant que les missiles étaient chargés en dessous du bois de chauffage dans le camion qui
devait les transporter jusqu'à Kigali au Conseil National de Développement. C'est le capitaine John Birasa
et le lieutenant Joseph Nzabamwita qui étaient chargés d'envoyer ces missiles ainsi que des armes, des mines,
des grenades et des munitions destinées aux soldats de l'escadron Network dispersés dans le pays.." pp. 244-5
La reconnaissance de la colline de Masaka:
" L'avion du président Juvénal Habyarimana ne pouvait donc être abattu qu'en phase d'atterrissage
à l'aéroport de Kanombe. La colline de Masaka, non loin de l'aéroport a été choisie comme offrant le
meilleur emplacement pour le tir. Il fallait donc des militaires et des agents civils qui connaissaient

L' aéroport International de Kanombe
© www.winne.com
|
bien la région de Masaka. Les militaires originaires de Masaka et des environs ont été sollicités. On utilisait
des motos pour pouvoir s'y rendre et en revenir. Ceux qui les conduisaient s'habillaient en tenue d'agronome et
portaient des casques cachant le visage pour n'être pas reconnus. Deux véhicules ont été utilisés dans les derniers
jours avant l'attentat: un minibus, souvent conduit par un dénommé Jean-Marie Munyankindi, et une camionnette,
conduite par Paul Muvunyi. Celui-ci a d'ailleurs changé la peinture de la camionnette et porté sur les portières
l'inscription: "Commune Kanombe". Tout cela pour éviter les soupçons." p. 246
Les tireurs de missile identifient le meilleur endroit de tir:
"Le sous-lieutenant Frank Nziza, qui a abattu l'avion, s'est rendu à cet endroit deux fois: une fois le jour, une
autre fois la nuit pour le repérage et la reconnaissance de l'endroit du lieu de tir. " p. 246
Le rôle de Théoneste Lizinde dans l'attentat contre Habyarimana:
" Plusieurs réunions avaient eu lieu pour la préparation de l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana.
Auparavant,le général-major Paul Kagame avait mis très peu de gens dans la confidence, dont le colonel Théoneste Lizinde qui

Le Président Paul Kagame du Rwanda © http://www.gov.rw
|
avait suggéré que Masaka était le meilleur emplacement pour le tir. C'est ainsi que Paul Kagame a donné
l'ordre au lieutenant-colonel Charles Kayonga, au lieutenant-colonel James Kabarebe et au colonel Kayumba Nyamwasa
d'effectuer la reconnaissance du lieu." p. 248
Les dernières mises au point avant de passer à l'action:
"La dernière réunion, qui a rassemble plusieurs personnes pour donner des conclusions à ce plan, s'est tenue le 31 mars
1994. Voici les noms de ceux qui étaient présents:
Le général-major Paul Kagame dirigeait la réunion, c'est lui qui a donné l'ordre d'abattre l'avion;
Le colonel Kayumba Nyamwasa, chef de la DMI;
Le colonel Théoneste Lizinde, directeur de la documentation et conseiller du général-major Paul Kagame;
Le lieutenant-colonel James Kabarebe, chef des gardes du corps et aide de camp du général Paul Kagame par
qui passaient la plupart des ordres du général avant de parvenir aux subordonnés;
Le major Jacob Tumwine, l'un des commandants de compagnie du 3è bataillon, qui a passé une grande partie de
sa vie dans différentes unités comme agent de renseignement...il représentait le lieutenant-colonel Charles
Kayonga et devait recevoir des ordres à exécuter pour le 3è bataillon au cas où l'avion serait abattu. Il est
parti après avoir pris connaissance du plan d'attaque de la ville de Kigali, la dernière opération qui devait
s'achever sur la prise du pouvoir . Par ailleurs, les deux missiles étaient gardés chez lui dans sa chambre au CND;
Enfin était aussi présent le capitaine Charles Karamba, chef de renseignement du 3è bataillon, qui devait donner
les résultats de la reconnaissance des lieux par lui-même et par le capitaine Hubert Kamugisha
[N.d.l.r. qui participa à l'organisation du
meurtre de Gatabazi et fut à son tour tué par ses propres compagnons d' armes]. Il devait également
donner des indications sur les positions des FAR dans la ville de Kigali afin que tout soit mis au point avant l'attaque.
" pp. 248-9

Le lieutenant-colonel [maintenant lieutenant Général] Charles Kayonga
© http://www.orinfor.gov
|
Le FPR s'entraîne aux combats de rue:
"La formation des soldats de l'APR aux combats de rue ( fighting in built-up areas) et celle des commandants
des unités spécialisées, décidée le 14 mars 1994, avaient été achevées à la fin du mois. La reconnaissance
des voies par lesquelles devaient passer les unités vers les lieux de combat était terminée. ..le 4 avril 1994, le
lieutenant-colonel Charles Kayonga a donné l'ordre de ne plus accepter de civils au CND afin de protéger le secret
des préparatifs pour l'attentat. " pp. 251-2
Assassinats des leaders Hutus opposés au FPR
Campagne de séduction des leaders hutus par le FPR: Des renseignements sur les hommes politiques et leur position vis-à-vis du FPR ont commencé
à être discrètement recueillis. Celui qui était ouvertement contre le FPR devait être tué, les autres, qui pouvaient
adhérer à ses idées, ont été courtisés afin de ne pas constituer un obstacle aux objectifs du FPR.
Ce travail de renseignement sur des personnalités politiques hutues a été confié à Seth Sendashonga et au Major
Théoneste Lizinde, hutus l'un et l'autre. Le rapport final devait être confectionné par Seth Sendashonga et remis
en mains propres à Paul Kagame. Lorsque les contacts restaient infructueux, l'APR prenait l'affaire en mains
pour donner une suite appropriée. Cette suite était évidemment l'assassinat. La mission était confiée au SO Karake
Karenzi. "pp.201-2
L'assassinat d'Emmanuel Gapyisi: "[18/5/1993] C'est à cette
date que le président de la commission politique du MDR et président du forum "Paix et démocratie"[Note:
ce forum avait attiré des personnalités de plusieurs partis sur une ligne à la fois anti-Habyarimana et anti-FPR]
, Emmanuel Gapyisi, fut assassiné par les commandos de l'APR dirigés par le P/JO2 Charles Ngomanziza sous les
ordres de SO Karake Karenzi. La raison de son assassinat était d'avoir dénoncé ouvertement le projet du FPR d'accaparer
tout le pouvoir. Des émissaires lui furent envoyés pour obtenir son silence, mais sans succès. Paul Kagame ordonna son
assassinat. La mort de Gapyisi a créé une grande confusion dans la population. La plupart des gens croyaient qu'il avait
été assassiné par le clan présidentiel. Très peu d'hommes politiques affirmaient , sans pouvoir en fournir la preuve, que
c'était le FPR." p. 202
L'assassinat de Fidèle Rwambuka:
"Ces incursions de l'APR [du 17 au 18 novembre 1993 dans les communes Cyeru, Nyamugali et Kidaho par les éléments
d'élite du 59e bataillon] avaient également pour objectif de chauffer les esprits, de créer le désordre
afin de montrer l'impuissance de l'Etat et donner au FPR des arguments pour s'emparer du pouvoir par la force.
C'était là le piège. Il fallait inciter les milices du MRND et de la CDR à tuer des Tutsis afin que le FPR
puisse relancer les combats. Pour la première fois, des assassinats avaient été perpétrés sans que personne
n'en connaisse les auteurs, sauf pour l'assassinat de Fidèle Rwambuka (22 août 1993) [Note: membre du comité
central du MRND et bourgmestre de Kanzenze, au Bugesera...]. Alors que les milices du MRND et de la CDR commettaient
des massacres en plein jour sans se soucier de quoi que ce soit, ces tueries non revendiquées et faites de nuit
étaient la spécialité de l'APR." p. 209
Le massacre de Kirambo:
"[8/2/1994] L'APR a lancé des escarmouches en divers lieux des préfectures de Ruhengeri et Gisenyi pour montrer que la paix dont
devaient répondre le MRND, le MDR-power, le PL-Mugenzi ainsi que la CDR n'existait pas. Des paysans Tutsis ont été
massacrés à Mutura, particulièrement à Kabatwa. Cette opération a été menée par le major Gashayija Bagirigomwa ainsi
que le capitaine Moses Rubimbura qui faisaient partie de l'unité Charlie mobile à Butaro...Des massacres
avaient eu lieu ces jours-là dans lesquels ont péri des dirigeants de toutes les communes de la sous-préfecture
Kirambo. C'est dans le même mois que plusieurs soldats du FPR en civil, dits "techniciens", avaient été envoyés
clandestinement à Kigali et partout dans le pays. C'est dans le même mois que des personnalités de divers partis
ont été assassinés pour faire empirer la situation." pp. 222-3
L'assassinat de Félicien Gatabazi:"[du 21 au 22/2/1994]
Le ministre Félicien Gatabazi a été assassiné par des membres de l'APR qui s'étaient dissimulés parmi

Félicien Gatabazi.
© O. Nyirubugara
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les Interahamwe [note: Félicien Gatabazi, membre du PSD, avait déclaré peu avant son assassinat que son parti ne
devait être le valet ni du MRND ni du FPR]. Le meurtrier, le lieutenant Godfrey Ntukayajemo alias Kiyago,
logeait chez Gatete Polycarpe actuellement sénateur au parlement rwandais à Cyicukiro. Il a été assisté
par Mahoro Amani. Le capitaine Hubert Kamugisha participa également à l'organisation de cet assassinat. Les
meurtriers se cachaient chez une femme taximan prénommée Emerita Mukamurenzi qui, elle-même, a été assassinée
pour s'assurer de son silence. L'assassinat a été ordonnée par le général-major Paul Kagame à partir de Mulindi, son
quartier général. Le complot a été monté par le lieutenant-colonel Karake Karenzi. Ce même lieutenant-colonel
occupait à ce moment la fonction très officielle d'officier de liaison entre le FPR et la MINUAR. " [Note: je raconte ce qui
m'a été dit par le capitaine Hubert Kamugisha, le caporal Amani et le sous-lieutenant Ngomanziza...] .p. 224
L'assassinat de Martin Bucyana:"[23/2/1994]
Plusieurs rumeurs ont été répandues selon lesquelles Gatabazi avait été assassiné par la jeunesse
Impuzamugambi de la CDR parce qu'il était l'un des dirigeants opposés au président
Juvénal Habyarimana. Mais, comme je l'ai déjà dit, il avait été assassiné par le FPR et il n'était pas
le seul sur la liste de ceux qui devaient être tués. C'est ainsi que le lendemain, Martin Bucyana,
leader du parti CDR, a été assassiné par la jeunesse du PSD ( Abakombozi), selon le stratagème
monté par le FPR pour montrer à l'opinion publique qu'il s'agissait de représailles. Il a été lynché
à Mbazi, en préfecture de Butare, par une foule de gens, militants du PSD. Parmi eux, il y avait des
gens du Network et d'autres agents du FPR infiltrés dans la jeunesse Abakombozi."p. 225
Paul Kagame veut déclencher
l'apocalypse annoncée par Bagosora: [Fin mars 1994] "La tension de plus en plus grande
incitait le général-
major Paul Kagame à utiliser tous ses moyens pour déclencher l'
apocalypse promise par le colonel
Théoneste Bagosora ". p. 232
L'assassinat du leader Interahamwe Katumba:"[31/3/1994] Ce jour-là
le meneur des Interahamwe, Alphonse Ingabire alias Katumba, qui dirigeait toutes les opérations
d'Interahamwe, a été assassiné. Parmi les assassins figurent le lieutenant Jean-Pierre Gatashya et
le sergent Mugisha [N.d.l.r. celui-là même qui était parmi ceux qui avaient
infiltré les Interahamwe et dont le rôle était de chauffer les esprits pendant les manifestations] ,
"techniciens" de l'APR, qui opéraient dans différentes unités." p. 232
Et l'apocalypse annoncée se produisit
Le 6 avril 1994::
[Note: p. 237 Je suis témoin
direct de ce qui s'est passé lors du lancement des roquettes SA-16, car j'étais sur place. Pour le reste, c'est-à-dire la planification,
le transport des missiles de Mulindi...et du CND à Masaka...je m'appuie sur des témoignages que les auteurs m'ont
donnés ou également sur des conversations personnelles entre moi et les gens qui ont directement ou indirectement participé
à l'une des étapes constituant l'opération dans son ensemble.]
" Le président de la République est sortie du pays à deux occasions. La première fois il s'est rendu au Zaïre le
5 avril 1994. Selon les informations recueillies par la direction de l'APR, le Président pouvait
rentrer à la tombée de la nuit, de sorte que son avion pouvait être abattu. Mais il est retourné un peu plus tôt.

Le Président Juvénal Habyarimana.
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Le Président Paul Kagame du Rwanda © http://www.gov.rw
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La deuxième fois, c'était le 6 avril 1994. Le président Juvénal Habyarimana devait se rendre
au sommet des chefs d'Etat à Dar es-Salaam en Tanzanie. Il a été abattu ce jour là. Le problème primordial était
de connaître le moment où l'avion parviendrait dans le ciel de Kigali. Ces indications ont été données par les
membres du FPR et les officiers du renseignement extérieur ( External Security) de l'APR qui se trouvaient
à Dar es-Salaam. Ils travaillaient sous couvert de l'armée ougandaise et prétendaient avoir choisi cette armée pour
ne pas rentrer au Rwanda. Ils étaient pourtant au service du FPR. La direction de la NRA...pouvait utiliser sans
problème les agents de renseignement de l'APR. C'est ainsi que Patrick Karegeya a été envoyé en Tanzanie. Celui-ci
est resté au sein de l'armée ougandaise jusqu'à la chute du gouvernement de Kigali. Il a informé, à partir de
Dar es-Salaam, le lieutenant-colonel James Kabarebe que l'avion du président Habyarimana avait décollé. L'information a été
transmise à Paul Kagame. Ils ont estimé que l'avion serait au-dessus de Kigali vers 20 h 30. Les ordres ont été donnés rapidement
par téléphone satellite et devaient être exécutés dès que l'avion serait dans le ciel de Kigali. Son bruit était bien connu
des soldats de l'APR stationnés à Kigali. C'est un avion très rapide, facile à reconnaître par son bruit. Ce soir là,
différentes équipes de commandos ont été envoyées à l'endroit du tir. Les deux tireurs et un troisième soldat
chargé de leur sécurité ainsi que le chauffeur se sont installés.
Vers 20 h 25, l'avion a été abattu par deux tireurs. Le premier tireur, le caporal Eric
Hakizimana, a touché l'avion sur l'aile droite sans pouvoir le descendre. Le deuxième tireur, le sous-lieutenant
Frank Nziza, a lancé le second missile 3 ou 5 secondes après et a abattu définitivement l'avion." pp. 250-1
Le FPR engage les combats aussitôt après l'attentant:"
Aussitôt après le crash de l'avion présidentiel, les soldats de l'APR ont été regroupés pour engager
immédiatement les combats...[7/4/1994] Les FAR pilonnaient, depuis l'aube, les positions de l'APR
au CND. Les rafles et les assassinats des opposants politiques par les extrémistes hutus avaient
commencé avant l'aube...Dans l'après-midi, vers 15 heures, les soldats du FPR sont sortis du CND, les uns
sont restés pour garder l'enceinte, les autres sont partis dans des directions différentes,
surtout vers les deux quartiers de Remera et Kacyiru..." p. 252-3
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