L'église décapitée à Rwesero:Extrait du livre du Dr Léonard Nduwayo

Menu Principal

Main Menu

L'église décapitée à Rwesero:Extrait du livre du Dr Léonard Nduwayo, 2002,
Giti et le génocide rwandais, Paris, L'Harmattan p.172-177.

Petit Séminaire de Rwesero, 1991

Petit Séminaire de Rwesero, 1991

L'histoire est finalement comme une vieille dame qui sert les mêmes recettes. On se souvient que c'est à Rwesero que 200 personnes du clan des Abagereka furent exterminées au début du règne de Rwabugiri dans un complot fomente par la reine-mère, Murorunkwere (1). On pourrait se demander si Rwesero ne faisait pas partie d'un grand programme du FPR de purger l'église catholique. Plusieurs prêtres et religieux Hutu du petit séminaire de Rwesero ont été assassinés le 23 avril 1994 à Karushya ou ils s'étaient réfugiés après l'attaque du séminaire par les troupes du FPR, le 22 avril. On retrouvera plus tard à Gakurazo non loin de l'évêché de Kabgayi, cette volonté farouche de mettre à genou l'église catholique romaine au Rwanda. C'est à cet endroit que le 5 juin 1994, trois évêques ont été froidement liquidés avec plusieurs prêtres par les combattants du FPR sur ordre du haut commandement militaire. Les personnalités assassinées sont l'archevêque de Kigali, monseigneur Vincent Nsengiyumva, le président de la conférence épiscopale du Rwanda, monseigneur Joseph Ruzindana, évêque de Byumba, monseigneur Thaddée Nsengiyumva, évêque de Kabgayi et ancien recteur du petit séminaire de Rwesero. Ce dernier fut pourtant le premier organisateur des rencontres sportives entre les jeunes du FPR et ceux des autres partis politiques. Un quatrième évêque, monseigneur Phocas Nikwigize, fut tué dès son retour d'exil dans les camps de réfugiés de Goma en 1996. Tous ces évêques assassinés étaient des Hutu et aucun évêque Tutsi n'a été tué. Quant à monseigneur Augustin Misago, évêque de Gikongoro et ancien recteur du grand séminaire de Nyakibanda, il reste dans une situation délicate. Malgré son acquittement par la justice rwandaise après plusieurs mois de détention et propos peu catholiques prononces par le président du Rwanda, Pasteur Bizimungu, le syndicat des délateurs ne le lâche pas. Beaucoup de gens pensent que c'est l'église qu'il incarne qu'on veut salir mais moi je ne suis pas de cet avis. C'est plutôt une épuration ethnique au sein de l'église catholique que l'état-FPR veut contrôler. Sinon comment expliquer que seuls les évêques Hutu avaient été assassinés ? Le régime a voulu à tout prix éliminer monseigneur Misago par un procès bidon parce qu'il reste le dernier obstacle à la mainmise totale du FPR sur l'église catholique qui reste influente au Rwanda et dont les actions sont très appréciées par la population.

Témoignage d'un réscapé du massacre de Karushya et de Rwesero :

« Le 15 avril 1994, une bombe fut lancée à la paroisse Rwamiko à partir du centre commercial de Rutare où le FPR venait d'installer son quartier général d'où partaient des camions transporteurs de troupes vers Kigali. Il y avait beaucoup de personnes à Rwamiko qui étaient venues recevoir des vivres. Un religieux dont le père fut assassiné par les combattants du FPR, supervisait la distribution. La bombe tua deux personnes, Mr Kalinda et une dame appelée Mukantagari, épouse de Byankundiye habitant le secteur Bijunde. Prises de panique, certaines personnes se sont dirigées vers le petit séminaire de Rwesero, d'autres vers le bureau communal de Giti à Bukure. Avec ma famille nous sommes descendus vers le petit séminaire de Rwesero où nous avons été rejoints par plusieurs autres personnes des secteurs Bijunde et Nyanza de la commune Giti, mais aussi du secteur Nyagatoma de la commune de Rutare. Nous nous sommes entassés au centre de négoce de Kigaga, dans les locaux de l'école primaire de Rwesero, et dans la plaine au pied des collines Nyanza et Karagali. Le 22 avril 1994, un jeune de 15 ans appelé Kadengeri dit avoir aperçu un soldat du FPR. Il fut envoyé au petit séminaire pour en parler aux trois gendarmes qui le gardaient. Un autre bruit circulait dans la foule concernant la tenue d'une réunion chez Claudien Munyaneza et à laquelle participaient trois autres enseignants, Célestin Muyombano, Aloys Bizimana et Boniface Ngarambe. Certains pensaient qu'il y avait également des combattants du FPR et voulaient que les gendarmes aillent fouiller la maison de Claudien Munyaneza pour y rechercher des armes. Les gendarmes ont répondu que sans ordre de leurs supérieurs et sans mandat d'un juge, ils ne pouvaient pas effectuer de perquisition chez un particulier. Ils se sont donc contentés de faire un tour dans le bois entourant le petit séminaire où il n'y avait aucun signe suspect. Soudain, Emmanuel, fils aîné de feu Célestin Gatabazi alias Karoli Rumece, abattu au mois de juin 1992 par des inconnus, est venu en courant vers le petit séminaire, criant : « Les inkotanyi arrivent » Nous étions en train de boire une bière dans un bar à Kigaga. Les combattants du FPR étaient au nombre de seize et avaient moins de seize ans. Ils étaient tous en tenue de combat et descendaient en file indienne de Nyagatugunda. A l'arrivée à Kigaga, la colonne se scinda en deux en silence. La population est restée calme. Seules les femmes tutsi ont applaudi tout en poussant des cris de joie (impundu). Un groupe prit la route menant au domicile de Claudien Munyaneza, l'autre s'est dirigé tout droit vers le petit séminaire. Le premier groupe rentra au séminaire par le nord via les terrains de football, et le second par le sud via l'église et les terrains de basket-ball. La fusillade commença aussitôt. Joseph, un menuisier originaire de Gisenyi est tué en compagnie de sa femme et ses enfants. Leurs corps furent retrouvés entre les logements des professeurs et la chapelle des séminaristes. Un religieux surnommé Furere fut également tué devant le réfectoire. Le recteur du séminaire et ses proches collaborateurs qui avaient été alertés par Emmanuel avaient fui vers Karushya avant l'attaque de leur établissement sauf l'abbé Gaspard Mudashimwa et une religieuse très âgée. L'abbé Mudashimwa se déplaçait difficilement à cause d'une arthrose cervicale chronique et d'un gros ulcère à la jambe droite. La religieuse avait également des problèmes de mobilité à cause de son âge avancé. L'informateur de cette attaque serait Murengerantozo, fils de Kamuhanda, un apprenti menuisier du petit séminaire. Un vent de panique s'abattit sur les déplacés de Kigaga. Nous avons quitté cet endroit pour rejoindre Karushya où nous avons rencontré les personnes qui avaient fui le petit séminaire et celles qui avaient qui avaient quitté la paroisse de Rwamiko en direction du bureau communal de Giti après la bombe qui a été tirée de Rutare.

Avant d'arriver à Karushya, nous sommes passés à Kabuga dans le secteur Bukure où s'étaient réfugiés le bourgmestre Edouard Sebushumba et son homologue de Rutare, André Ndoliyobijya, mais également des Tutsi entre autres Pancrace Nkaka, infirmier à la retraite, Alphonse Ukulikiyimfura, un maçon, Alphonse Kagonyera, ancien membre du comité de cellule de Ntaremba, et toutes leurs familles. Il y avait beaucoup de monde au centre scolaire de Karushya. C'est vers le 23 avril que le camp fut attaqué par les combattants du FPR venus de Rutare et de Muhura. Plusieurs personnes furent massacrées dont le recteur du séminaire, Joseph Hitimana, de nombreux prêtres dont l'ancien recteur Christian Nkiliyehe, les religieuses et les religieux, l'économe général du diocèse de Byumba. Athanase Nkundabanyanga, les professeurs dont Elias Mwigeme d'origine burundaise, François Musilikare et Michel Haguma, deux enseignants de l'école primaire de Karushya, Kamasa et toute sa famille et les commerçants de Bistibo. L'informateur du FPR pour ce massacre serait Rutaganira, ex-grand séminariste et enseignant à l'école secondaire privée de Rutare APEGIRUBUKI (Association des parents pour l'éducation dans les communes Giti, Rutare, Buyoga et Kinyami). Rutaganira est originaire de Karushya et il est le fils de Gahigiri. Son oncle paternel appelé Nsinga, supérieur des frères jésuites, a été tué par le FPR lors du massacre des évêques catholiques près de Kabgayi. Quant à l'abbé Mudashimwa, célèbre auteur compositeur de deux chefs-d'œuvre, Intiganda et Inzirabwoba, il est resté dans l'établissement. Il a assisté impuissant au pillage des stocks de vivres pour les séminaristes que les combattants du FPR distribuaient aux familles de façon sélective. Vers la fin du mois de mai, il reçut la visite du nouveau préfet de Byumba qui venait d'être fraîchement nommé, le colonel Théoneste Lizinde. Ce dernier faisait une tournée dans les communes passées sous contrôle du FPR. Il se serait rendu à Rwesero pour un projet de transformation du séminaire en camp militaire. Constatant l'état de santé précaire de l'abbé qu'il connaissait très bien, il lui a proposé de l'amener à Byumba en compagnie de la vieille religieuse pour des soins de santé probablement. Ils se sont même entretenus seul à seul. L'abbé Mudashimwa est monté dans un des véhicules escortant le colonel Lizinde. Il a été tué avec la religieuse à Nyinawimana dans la commune de Kinyami avant d'arriver à Byumba. Cet abbé qui n'a jamais mâché ses mots de son vivant, aurait-il été tué à cause de ce qu'il savait et dont il a certainement parlé au colonel Lizinde ? Personne ne le saura jamais car les deux ont été éliminés par le FPR. L'abbé Mudashimwa avait été tenu au courant du massacre de ses collègues à Karushya par des personnes qui sont revenues au séminaire pour y recevoir des vivres.

Personnalités du séminaire de Rwesero assassinées :

  • Abbé Joseph Hitimana: Recteur du petit séminaire
  • Abbé Athanase Nkundabanyanga: Econome général du diocèse de Byumba
  • Abbé Christian Nkiliyehe: Recteur
  • Abbé Alexis Havugimana: préfet de discipline
  • Abbé Faustin Mulindwa
  • Abbé Fidele Mulinda
  • Abbé Celestin Muhayimana
  • Abbé Augustin Muhayimana
  • Abbé Gaspard Mudashimwa
  • Soeur Annonciata
  • Soeur Carolla
  • Elias Hatungimana (alias Mwigeme): Burundais, préfet des études, tué avec toute sa famille
  • Augustin Hakizimana: Professeur de mathématiques,Chimie
  • Un religieux surnommé Furere
  • Un prénommé Joseph: menuisier et toute sa famille

Autres personnes massacrées à Karushya (liste non exhaustive) :

  • Musilikare Francois: Enseignant à Karushya
  • Haguma Michel Enseignant
  • Kamasa: Enseignant tué avec toute sa famille et ses invités