OBSERVATIONS DE JOSEPH NDAHIMANA SUR LE LIVRE DU GÉNÉRAL DE BRIGADE LÉONIDAS RUSATIRA « R WANDA, LE DROIT A L 'ESPOIR »

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OBSERVATIONS DE JOSEPH NDAHIMANA SUR LE LIVRE DU GÉNÉRAL DE BRIGADE LÉONIDAS RUSATIRA « R WANDA, LE DROIT A L 'ESPOIR »

Arusha, le 24 avril 2006

Table de matières

    1. Introduction

    En lisant l'annonce de la sortie du livre intitulé « Rwanda, le Droit à l'espoir », tout Rwandais ou toute autre personne qui a connu les tragédies récentes survenues dans ce pays, a sans doute été tentée de se le procurer et de le lire. Elle est immédiatement portée à le parcourir pour voir ce que son auteur propose comme solution capable de redonner l'espoir qui a déserté les cœurs des Rwandais, voilà plus de quinze ans. C'est cette curiosité qui nous a incités à lire attentivement ce récent livre du Général de Brigade Léonidas Rusatira, paru aux Editions L'Harmattan, à Paris, au cours de l' année 2005. Après la lecture, nous n'avons pas voulu demeurer indifférents face aux impressions que nous avons ressenties parce que le Rwanda reste notre mère patrie et que tout ce qui nous rapproche de lui, nous touche profondément.

    Tout au début du livre, l'auteur dit qu'il n'a pas l'intention de parler du mal de lui-même et qu'il laisse cette tâche aux autres. Nous savons que la perfection n'est pas de ce monde. Nous admettons que chaque personne a ses qualités et ses défauts. Il est aussi normal que Rusatira ait connu des succès mais aussi, comme tout homme faillible, des échecs et des défaillances au cours de sa vie. Il n'aurait pas dû avoir honte de parler de tout cela pour autant qu'il avait décidé de parler de lui-même à moins d'accepter qu'il a sciemment travesti la vérité pour sauver sa face. Nous voulons d'emblée préciser que nous n'entendons pas répondre à l'appel qu'il a fait à l'endroit de ceux qui l'on connu pour étaler son côté faible.

    Cependant nous devons dire que nous avons constaté que son amour propre démesuré constitue un obstacle important qui l'empêche de rétablir correctement et objectivement les faits surtout ceux dans lesquels il a eu à jouer un rôle. C'est pour cela que nous avons décidé d'apporter des éclaircissements sur quelques-uns des nombreux sujets qui frisent des demi vérités quand ils ne sont pas manifestement des contrevérités.

    Pour commencer, nous partageons l'approche intellectuelle de l'auteur qui dit que les historiens sont des fleuves dont nous sommes les sources et qu'ils nous enseignent ce que nous leur avons appris.

    Notre modeste contribution à ce gigantesque chantier de la restitution des événements nous demande de rompre certaines barrières des à-peu-près, des hypothèses et des spéculations.

    Qui plus est, nous devons garder à l'esprit que nos propos sont reçus par des milliers de personnes dont l'immense majorité risque de les prendre pour argent comptant surtout quand tous les lecteurs ne disposent pas des outils nécessaires qui leur permettent de faire une analyse objective.

    Dès lors, nous nous sentons dans le devoir de leur fournir des éléments de nature à leur permettre de placer correctement les faits dans leur vrai contexte et de connaître ainsi la vérité. Pour ce faire, il est indispensable de résister à ses états d'âme qui peuvent induire en erreur ceux qui croient puiser à de bonnes sources. Même si la nature humaine a tendance à se dérober à cette éthique, l'honnêteté intellectuelle nous y soumet.

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    2. Sur l'identité de l'auteur du livre

    S'il est vrai que l'auteur a amplement donné son identification dans le chapitre 1 de son ouvrage, intitulé « Ma carte de visite », il a délibérément omis de dire qu'à l'école primaire et à l'école secondaire, au Collège du Christ Roi de Nyanza, il portait le nom que ses parents lui avaient donné, Nturanyeninkiko, nom qui signifie : « j'habite parmi les rivaux ou je vis avec les gens qui ne me veulent pas du bien ». Dans le langage courant, on pourrait être tenté de penser faussement qu'il signifierait aussi : « j'habite tout près de la frontière ». En classe de poésie1, il a pris le nom de Rusatira (Rusatirantambara). Il va donc sortir du Collège avec un autre nom pour entrer à l'École d'Officiers avec le nouveau nom que nous lui reconnaissons aujourd'hui.

    Les gens de sa région se rappellent des embarras qu'ils ont eus pour s'accoutumer à ce nouveau nom dont ils n'ont pris connaissance que lorsque l'intéressé avait le grade de sous-lieutenant. A cette époque, un sous-lieutenant était une personnalité importante. Ils n'ont pas oublié les engueulades de Rusatira contre ceux qui, par ignorance, avaient le malheur de le saluer par son nom de Nturanye (diminutif de Nturanyeninkiko), à l'occasion de ses visites dans la région. Ces engueulades n'ont pas manqué de révolter les plus sensibles.

    Pourquoi n'a-t-il pas mentionné cet élément important de sa carte de visite et informé ses lecteurs sur les raisons qui ont motivé ce changement de nom? L'auteur aurait probablement des raisons de cette grande omission.

    Au milieu des années 1980, au moment où l'appellation de Chef de Cabinet devint Secrétaire Général du Ministère de la Défense (MINADEF), le Général Rusatira a changé sa date de naissance et sa signature. Alors qu'il était enregistré dans son dossier, avec pièces ad hoc à l'appui, qu'il était né en 1943, il a fait modifier cette date pour dire qu'il est né en 1944.

    Pour chercher à être dans les normes, il est retourné dans sa commune d'origine pour réclamer les pièces d'identité, lesquelles ont été visées par le Notaire, avant d'être versées dans les dossiers en remplacement de celles remises au moment du recrutement. Il est clair que la Commune, en complicité avec le Général Rusatira, a falsifié ces nouveaux documents, qui ont été par la suite visés par le Notaire qui ne comprenait rien dans ce jeu pour le moins sournois. Nous laissons aux curieux le soin de s'adresser à lui pour lui demander les raisons à la base de ces changements à tout le moins bizarres !

    Enfin, un autre fait tout à fait étrange est celui-ci. En avril 1994, Rusatira est promu au grade de Général de Brigade par le Gouvernement intérimaire dirigé par le Premier Ministre, Jean Kambanda. En juillet 1994, le Gouvernement de Jean Kambanda perd la guerre déclenchée par le FPR /NRA. Après un très court séjour en exil à Bukavu2, Rusatira rentre au Rwanda pour rejoindre l'Armée Patriotique Rwandaise, vainqueur de la guerre. Dès son arrivée, en août 1994, le Gouvernement FPR le rétrograde au grade de Colonel. Depuis lors jusqu'à sa désertion ou à son renvoi du FPR, il a toujours porté le grade de Colonel. C'est seulement dans son exil au Kenya, en 1996, qu'il a commencé à se présenter encore une fois comme Général de Brigade dans ses déclarations. Ayant été nommé Général de Brigade par le Gouvernement intérimaire, il a été rétrogradé au grade de colonel par le gouvernement FPR. Il devrait donc expliquer comment il a pu recouvrer par après le grade de Général de Brigade.

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    3. A propos du rôle joué auprès du Président Juvénal Habyarimana.

    En abordant ce point, nous allons centrer nos observations sur les fonctions de Léonidas Rusatira en tant que Chef de cabinet, appellation devenue plus tard Secrétaire général, au Ministère de la Défense. Pendant vingt-deux ans, Léonidas Rusatira s'y était imposé comme le dépositaire légitime et irremplaçable qu'aucun autre officier des FAR ne pouvait rêver occuper ce poste.

    S'il tient à signaler qu'il fut nommé au poste de chef de Cabinet du Ministère de la Garde nationale et de la police en 1970, il devrait être plus équitable en reconnaissant que c'est le Président Habyarimana qui l'y a maintenu durant à peu près vingt ans. Comme il le confirme lui-même à la page 24 de son livre, il y est arrivé avec le grade de lieutenant et a reçu tous les autres grades dans cette même fonction jusqu'à celui de colonel.

    Les FAR n'ont pas encore oublié de nombreux documents administratifs dont des lettres portant des directives et instructions du Ministre de la Défense Nationale qu'il a signées depuis 1970 jusqu'en 1992. Tout le monde sait qu'il était l'homme puissant auprès du Général Habyarimana et qu'il était parvenu à se confondre avec les acronymes DIRCAB d'abord et plus tard SEGEDEF signifiant respectivement Directeur de cabinet et Secrétaire général au MINADEF.

    Curieusement, Rusatira prétend qu'il n'avait pas de poids et qu'il y est "resté assez longtemps pour tout savoir sans rien savoir 3». Vouloir faire accepter cette affirmation aux personnes qui ont été placées sous son autorité ou qui l'ont connu, serait aussi difficile que d'essayer de faire admettre à un vieillard qu'il ne va pas se brûler les doigts s'il touche dans le feu.

    Tous les dossiers à destination ou en provenance du Ministre de la Défense passaient devant Rusatira. En tant que coordinateur du travail des différents services du Ministère de la Défense, il a dû émettre des avis sur beaucoup de dossiers. Mais il faut reconnaître que ce travail de coordination ne fut pas un succès. Même si chacun des différents hauts responsables avait ses qualités et ses défauts, nous savons que Rusatira a été en compétition déloyale avec ses proches collaborateurs, au lieu de rechercher l'esprit de collaboration et de complémentarité pour l'intérêt supérieur de la nation. Ces attitudes étaient quelquefois même provocatrices comme par exemple, le fait de recruter des informateurs et partisans parmi les jeunes officiers et de les monter contre certains chefs militaires tels que les Colonels Serubuga et Rwagafirita. En effet, cette situation a eu un impact très négatif sur le moral et l'efficacité des Forces Armées Rwandaises. Suite aux intrigues, aux chicanes administratives et règlements de comptes au sommet du commandement, les FAR étaient, à la veille de l'invasion d'octobre 1990, mal gérées, mal organisées, mal équipées et mal entraînées pour remplir efficacement leur mission de défense de la nation. Il faut aussi souligner que ces tares ont marqué les FAR tout au long de la guerre. Rusatira l'avoue lui-même mais sans se faire le moindre reproche.

    Il convient également de souligner qu'en plus de son rôle de numéro deux au Ministère de la Défense, Rusatira a exercé des fonctions politiques au plus haut niveau de l'Etat. En effet, Léonidas Rusatira a été membre du Comité Central du MRND, de 1983 à 1991. Avec rang protocolaire supérieur à celui des ministres, seulement cinq officiers des FAR ont occupé cette position à savoir: Colonel Kanyarengwe, Colonel Nsekarije, Colonel Serubuga, Colonel Rwagafilita et Colonel Rusatira. A ce titre, Rusatira a participé à la prise de décisions politiques au niveau le plus élevé de l'Etat.

    Lui qui dit qu'il ne sait pas, peut-il oser dire combien de fois il a été en désaccord ave les grandes positions politiques dans le cadre du Comité Central du MRND ? Rusatira a piloté les grands dossiers du Ministère de la Défense notamment ceux de la coopération soit en se rendant personnellement dans des missions à l'étranger soit en dirigeant des réunions avec différentes délégations des pays amis ? Le nom de Rusatira est archi-connu dans les services des pays qui ont eu à coopérer militairement avec le Rwanda d'une façon ou d'une autre. Immanquablement les archives existent.

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    Avec l'avènement du multipartisme, le Président Habyarimana a cédé le ministère de la Défense depuis fin décembre 19914. Dès lors, Léonidas Rusatira ne pouvait pas monopoliser pour longtemps encore le poste de Secrétaire Général dans ce Ministère. C'est ainsi qu'il le quitta en juin 1992 pour devenir commandant de l'Ecole Supérieure Militaire (ESM), un poste aussi important au sein du Ministère de la Défense Nationale. Rusatira a donc été pendant plus de vingt-deux ans parmi les plus proches collaborateurs de Habyarimana et l'officier qui, après celui-ci, a le plus participé à la prise de décisions qui ont marqué l'histoire des FAR.

    Rusatira peut ne pas vouloir se ranger parmi les admirateurs de Habyarimana pour des raisons conjoncturelles. Néanmoins, nous pensons qu'il exagère quand il traite celui-ci de « petit mégalomane»5. Tout lecteur qui connaît ces deux hommes, c'est-à-dire, Juvénal Habyarimana et Léonidas Rusatira, ne manquerait pas d'être complètement bouleversé et sidéré de lire de tels propos écrits par celui qui fut très longtemps son bras droit. Habyarimana a travaillé pour le progrès et le bonheur de son peuple jusqu'au sacrifice suprême. Il ne devrait pas mériter un tel traitement de la part d'un officier qui a passé presque toute sa carrière à ses côtés sans le dénoncer ni tenter de se démettre. N'est-ce pas un signe qu'il approuvait ce que son chef faisait ? Nous pensons que l'attitude actuelle de Léonidas Rusatira répond plutôt à d'autres calculs.

    Il est acculé de prendre ses distances par rapport à Habyarimana que la propagande a cherché qu'il soit l'homme par qui le malheur des Rwandais est arrivé.

    Avec cette position, Rusatira est bien dans la peau du vaincu dont il brosse le portrait dans son livre à la page 37 où nous lisons : « Le vaincu ne renonce pas seulement au pouvoir, il cède aussi son âme et son histoire. Il ne marche plus droit mais courbé pour cacher qu'il a encore la conscience et la fierté. Il n 'ose pas jeter un coup d'œil sur ce qui lui appartenait de peur d'irriter le nouveau propriétaire. Il se cache lui-même dans l'oubli. Les nouveaux détenteurs du pouvoir détruisent tout ce qui déplaît en s 'appropriant ce qui leur plaît. Ainsi les vaincus sont efacés jusqu'au nom ; ils n 'ont pas existé ; les générations futures n 'en auront aucune référence ».

    Comme Habyarimana déplaît à ses assassins, il doit déplaire au vaincu pour ne pas irriter le nouveau propriétaire. Surtout il ne faut pas montrer que l'on fut son proche, son fidèle, son confident et son âme damnée. Il est riche de sens ce proverbe maghrébin qui dit : « Quand un taureau tombe, les couteaux se multiplient »6.

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    4. Le Général Rusatira face à l'invasion du Rwanda

    Rusatira expose sur plusieurs pages de son livre une rumeur selon laquelle l'invasion du Rwanda était au départ un simulacre d'attaque convenue entre le Président Habyarimana, le Président Museveni et Rwigyema : « Les deux présidents auraient alors convenu d'un stratagème qui ne manquait ni d'imagination ni de perspectives. Il fallait un simulacre d'attaque arrêtée dès son déclenchement et suivie par des négociations avec comme résultat déjà connu l'acceptation par le Rwanda du retour de tous les réfugiés sans condition; eux-mêmes cessant, par l'entremise de Rwyigema parrainé par Museveni, tout acte d'hostilité contre le régime rwandais. Une véritable gageure pour le président Habyarimana : trouver

    une issue honorable au problème de ses réfugiés, et sauvegarder ainsi son amitié avec Museveni mais sans perdre sa popularité auprès de sa propre population. »

    Une telle rumeur vise à présenter Habyarimana comme une personne sans vision stratégique ni politique, une personne d'une naïveté excessive. Si de tels faits s'avéraient exacts, on le qualifierait même de traître.

    D'aucuns se demandent quels sont les mobiles qui poussent Rusatira à répandre sans preuve une rumeur non fondée sur une ludique guerre convenue d'avance entre l'Uganda et le Rwanda, dans le but de trouver une solution à une question des réfugiés Tutsi.

    Nous pensons qu'un conte de fée de ce genre n'a pas de place dans un débat portant sur un drame comme celui que le Rwanda a vécu depuis le mois d'octobre 1990, à cause de l'invasion du Rwanda par la coalition NRA/FPR à partir du territoire ougandais. Personne n'a le droit de mettre en doute la volonté politique des autorités rwandaises pour trouver une issue pacifique au problème des réfugiés rwandais. Il suffit de lire le rapport sur la visite officielle du Président Habyarimana en Uganda du 04 au 06 février 1988 et sur les pourparlers qui ont suivi cette visite dans le cadre de la commission mixte mis en place sur le problème des réfugiés pour constater que le Gouvernement rwandais voulait une solution pacifique à la question des réfugiés. Le scénario, tel qu'exposé par Rusatira, est donc inimaginable.

    Malheureusement, le FPR a voulu anticiper sur les travaux de la commission mixte pour le retour pacifique de ces réfugiés en envahissant le Rwanda le 01 octobre 1990. Ni l'accélération des travaux de la commission mixte, ni la visite à Kampala du Ministre Casimir Bizimungu, fin septembre 1990, n'ont arrêté l'agression du Rwanda par la coalition NRA/FPR.

    En tant que Secrétaire Général au Ministère de la Défense, Rusatira était au courant de toutes ces démarches d'autant plus qu'il était membre du Comité Central du MRND et qu'il représentait le Ministre de la Défense dans le CIC ministériel de sécurité8. Toutes les démarches entreprises par le gouvernement rwandais constituaient des signes forts que celui-ci voulait une solution rapide et pacifique de la question des réfugiés rwandais. Par contre, le FPR a court-circuité et devancé ce projet qui devait lui ôter automatiquement les arguments et les ressources humaines pour attaquer le Rwanda.

    Le Général Rusatira avait reçu, à la fin des années 1980, des informations sur l'imminence de la guerre contre le Rwanda9. Beaucoup de signes avant-coureurs étaient observables, notamment à travers le Journal Impuruza du Professeur Alexandre Kimenyi qui sensibilisait les réfugiés Tutsi de la diaspora à attaquer le pays10. Les renseignements sur les préparatifs de guerre par les réfugiés Tutsi en Uganda parvenaient régulièrement au Ministre de la Défense nationale. Mais qu'a fait Rusatira de ces renseignements au delà de son livre paru à la veille de l'invasion et dont le titre est assez évocateur : La guerre des faibles? Pourquoi n'a-t-il pas contribué à la mobilisation des ressources et des moyens militaires suffisants de manière à éviter au pays la surprise de l'offensive éclair de la coalition NRA/FPR du 01 octobre 1990 ? Qu'a-t-il fait personnellement pour s'attribuer de bonnes notes ?

    Rusatira se souvient-il de l'exercice « Arc-en-ciel voilé » organisé en fin d'année 1987 et de la réunion de débriefing sur cet exercice au cours de la deuxième moitié de l'année suivante ? Se souvient-il des interventions des officiers et surtout de la question qui a été posée au sujet de l'urgente nécessité d'envoyer les cadres en stage pour la formation aux techniques de guérilla ? Se rappelle-t-il de la réponse négative qu'il a lui-même donnée sur cette question précise? Par la suite, l'État-Major de l'Armée Rwandaise a écrit une lettre au Ministre de la Défense, proposant d'envoyer en stage des cadres dans les pays bien identifiés qui avaient eu à faire avec la guérilla. Rusatira a opposé, encore une fois, une fin de non-recevoir, par une lettre signée de sa propre main. Dans sa réponse à la demande de l'État-major de l'Armée Rwandaise, il a précisé qu'il fallait apprendre aux cadres les principes contenus dans son livre « La Guerre des faibles ». Selon lui, les principes exposés dans son livre étaient amplement suffisants. S'il est vrai qu'à travers son livre, l'on y retire certaines idées qu'il a lui-même glanées ici et là dans d'autres ouvrages, peut-on vraiment croire Rusatira que les principes exposés dans son livre pouvaient remplacer un stage sur la guérilla? Et pourquoi s'est-il contenté de cette réponse évasive sans émettre des directives concernant le suivi de ce cursus ? Notre interprétation est simple : Rusatira ne voulait pas que de tels stages soient suivis.

    Concernant encore une fois son conte de fée, les premières réactions des Présidents rwandais et ougandais indiquent qu'il n'y avait rien de convenu entre les deux hommes. S'il y avait eu une mise en scène entre Museveni, Habyarimana et Rwigema, Habyarimana n'aurait pas quitté New York précipitamment pour aller à Bruxelles et à Paris pour demander leur intervention. Il n'aurait pas été nécessaire que Mobutu entre dans le jeu en qualité de médiateur alors qu'une solution était déjà programmée. Museveni n'aurait pas lancé la célèbre phrase : « I know my boys ».

    Aussi, s'il y avait eu un schéma arrêté d'avance, Museveni et Habyarimana auraient profité de leur première rencontre qui a eu lieu le 26 octobre 1990 à Gbadolite au Zaïre (actuelle RDC) pour régler définitivement ce problème.

    Rusatira chercherait-il à se frayer les chemins pour s'attirer la sympathie de Museveni en effaçant complètement ou en allégeant drastiquement la responsabilité de ce dernier dans le drame rwandais ?

    Quel que soit le but poursuivi, l'approche de Rusatira cause beaucoup de tort car elle véhicule une intoxication que les architectes de la manipulation ne tarderaient pas à relayer pour lui donner définitivement forme. Ainsi bâtie et consolidée, cette hypothèse finirait par devenir vérité. Partant, personne ne saura jamais la vérité et les vraies responsabilités des différents acteurs sur le drame rwandais. Seul Museveni en sortirait ragaillardi.

    Tout au long de son livre, Rusatira Léonidas continue de ressasser son appel à la résistance lancée à la population contre l'invasion du Rwanda par le FPR le 01 octobre 1990. Il ne nous dit pas si c'est en qualité de ses fonctions qu'il a posé ce geste héroïque ou si c'est grâce aux prérogatives que lui conférait sa toute puissante position de numéro 2 au Ministère de la Défense Nationale. Pourquoi veut-il assumer ce qui l'arrange et s'éloigner de ce qui lui serait compromettant ?

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    5. Sur le rôle de Rusatira dans la conduite de la guerre

    A la page 197 de son livre, le Général Rusatira dit : « Ma critique sur l'armée rwandaise et son commandement n'est pas tardive puisque mes avertissements avaient été formulés à temps. On aurait dû m'éprouver en me confiant, dès le temps de paix, le commandement pour vérifier si je savais appliquer les théories que je prêchais. Mais les jalousies, les complexes et les intrigues ont paralysé la réflexion et l'esprit d'initiative. Il a été jugé que je ne méritais pas cette chance, parce qu 'on n'a envisagé que l'éventualité de me mettre en valeur. On a oublié que le commandement à la guerre est une arme à double tranchant, un jeu de quitte ou double. J'étais prêt à jouer ce jeu avec détermination en vue de gagner ou de ne pas tout perdre. »

    Il est surprenant de lire ce passage à travers lequel Rusatira voudrait se mettre en dehors du commandement des FAR dont il a fait partie pendant longtemps dans le cadre de la troïka11 autour du Président Habyarimana. Ainsi, il aurait formulé des « avertissements » dont il s'est gardé de révéler le secret.

    Nous pensons qu'à défaut de nous éclairer sur ces propositions, et à défaut d'informations sur les interrogations que nous posons, nous ne pouvons pas juger de la pertinence de ses propositions. Aussi, ne pouvons-nous pas accepter que Rusatira n'ait pas pu passer ses propositions au commandement des FAR dont lui-même faisait partie. Qui peut croire que Rusatira aurait fait une proposition d'une telle importance qui ait été refusée par le Président Habyarimana ? Pouvons-nous le croire sur simple parole pour conclure qu'il était « clairvoyant et soucieux de conduire son armée à la victoire » ?

    Quand il dit qu'il était «prêt à jouer ce jeu avec détermination en vue de gagner ou de ne pas tout perdre», nous croyons qu'il est facile de tenir de tels propos, mais pour être plus crédible, le lecteur aurait souhaité connaître le secret caché derrière sa stratégie et sa tactique ! A-t-il déjà oublié que quand la coalition NRA/FPR attaqua le Rwanda le 1er octobre 1990, aucun pays n'a condamné cette invasion du Rwanda par des éléments venus de l'Uganda ? Que le HCR, dont les règlements interdisent aux réfugiés de prendre les armes contre leur pays d'origine, n'a pas, à notre connaissance, officiellement condamné, cette agression alors qu'il avait pourtant été associé aux négociations pour le retour pacifique des réfugiés rwandais? Rusatira a-t-il oublié que même la Belgique, puissance coloniale et amie du Rwanda, a refusé de livrer au Gouvernement Rwandais des armes qu'il avait commandées et payées ? Comment aurait-il pu contourner la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU du 17 mai 1994, qui a décrété l'embargo contre la vente d'armes au Rwanda, pays agressé depuis octobre 1990, alors que l'Ouganda approvisionnait sans cesse le FPR sous l'œil complice de ses bailleurs de fonds et des hautes institutions financières internationales ? Qu'aurait fait Rusatira pour éviter la guerre que les réfugiés rwandais voulaient à tout prix quand Habyarimana négociait pour qu'elle ne puisse pas avoir lieu ? Nous croyons que douze ans après la victoire du FPR, une analyse objective de la victoire ou de l'échec doit impérativement tenir compte de tous les paramètres qui ont porté le FPR à la victoire finale.

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    Il est vrai que le Général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, a exprimé le même regret de ne pas voir Rusatira à la tête des FAR ou du moins une partie des FAR « modérés » en vue de se soumettre à une reddition sans condition au FPR 12. Dallaire en le disant, interprétait peut-être mal la lettre des officiers des FAR dont faisait partie le Général Rusatira lui-même datée du 12 avril 1994. (Nous reviendrons sur ce communiqué du 12 avril 1994, dans les lignes qui suivent).

    Rusatira qui se veut l'initiateur de ce communiqué s'estimait le seul capable de sauver le Rwanda ; mais d'autres lui auraient refusé cette opportunité par jalousie. Mais quelles recettes avait-il pour arrêter ou gagner la guerre ? D'autant qu'au niveau de l'expérience de

    commandement, il n'a commandé aucune opération militaire pour pouvoir revendiquer une expérience de terrain. Sur quoi Rusatira pouvait-il fonder ses assurances pour se considérer comme le messie désigné pour sauver le Rwanda ? Et s'il avait quand même des solutions salutaires pour le pays, qui est-ce qui l'a empêché de les proposer au commandement des FAR dont il faisait partie ?

    Par ailleurs, Rusatira affirme qu'il n'a joué aucun rôle dans la conduite de la guerre. Il semble nous dire que puisqu'il n'a pas eu la chance de commander directement les troupes, il était d'office exclu du jeu. Il ajoute sur la même page 197 que, de ce fait, il ne devrait pas être associé à la défaite que les FAR ont connue alors qu'on a tout fait pour l'éloigner du combat de peur de devoir l'associer à la victoire à venir. Ces graves déclarations cachent mal une réalité déchirante.

    Comme tout le monde le sait, le Président de la République était en dehors du pays au moment de l'invasion, le 1er octobre 1990. Juste après l'attaque, le Colonel Rusatira a présidé au Ministère de la Défense, une réunion regroupant les deux chefs d'Etat Major adjoints (armée et gendarmerie) et le secrétaire particulier du Président pour échanger des informations et des points de vue sur l'invasion. Il en a résulté un communiqué informant la population de l'invasion. Ce communiqué fut naturellement signé par le président de la réunion. Le Général Rusatira le dit dans son livre à la page 133 : « Une réunion est convoquée d'urgence par la Présidence et doit se tenir dans le bureau du Secrétaire général à la Défense. En venant d'initiative se réunir en mon bureau, ces personnalités m 'accordent brusquement une importance qui contredit leur attitude habituelle à mon égard. J'ai découvert le piège trop tard, mais sans trop de regrets. Les participants échangent des informations et des points de vue sur cette invasion. Il en résultera un communiqué controversé qui appelait la population à la vigilance, le pays ayant été attaqué de l'extérieur. Certains participants à la réunion, visiblement confiants dans la suite des événements, ne voulaient pas de ce communiqué, alléguant qu'il fallait éviter d'efaroucher la population en l'absence du chef de l'État. Je décide d'endosser la responsabilité de cette information en signant le document ».

    Qui peut réellement croire que c'est un piège qu'on tendait à Rusatira? Peut-être le seul survivant de cette réunion, le Colonel Serubuga, devra nous éclairer sur cette question. Que vise Rusatira quand il prétend avoir été désapprouvé par le Président de la République pour avoir diffusé ce communiqué issu de cette réunion ?

    Où est le piège tendu à Rusatira alors qu'il dit que « Certains participants à la réunion, visiblement confiants dans la suite des événements, ne voulaient pas de ce communiqué, a lléguant qu'il fallait éviter d'efaroucher la population en l'absence du chef de l'État ». N'est-il pas clair que c'est lui qui avait l'initiative ? De toutes les manières, ce n'était pas pour la première fois que le SEGEDEF, indépendamment de l'ancienneté dans le grade, présidait des réunions ou des cérémonies militaires qui regroupaient les deux Chefs d'Etat-Major adjoints.

    Par ailleurs, nous pensons que ce que Rusatira dit n'est pas vrai, parce que, même sans ce communiqué, la population l'aurait su en écoutant d'autres postes de radio qui reportaient à propos de cette invasion du Rwanda par des éléments venus de l'Ouganda. L'on se rappelle combien RFI s'était investie pour informer ses auditeurs à propos de cette attaque. En plus de cela, Rusatira est resté Secrétaire Général au Ministère de la Défense jusqu'en juin 1992 et il n'y a aucune preuve dans son dossier sur ce prétendu désaveu par le Président de la République. Enfin, une telle information n'a jamais filtrée au sein des FAR. De toutes les façons, on comprend mal comment le Président aurait eu une telle réaction en ces circonstances d'autant plus que ce communiqué fut le résultat d'une concertation entre quatre responsables militaires. Il aurait été plutôt irresponsable de leur part de ne pas informer la population.

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    Bien plus, dans l'après-midi du 04 octobre 1990, Rusatira a accordé une interview aux journalistes belges qui ont posé justement des questions en rapport avec cette attaque. Le Président HABYARIMANA étant rentré la veille dans la soirée, Rusatira avait eu le temps de le briefer sur les événements qui s'étaient passés en son absence, y compris la réunion des quatre chefs militaires tenue après l'attaque. Et s'il avait été désapprouvé par le Chef de l'État pour avoir informé la population de l'attaque du 1er octobre 1990, comment peut-il expliquer qu'il ait pu être autorisé à parler aux journalistes belges, le 04 octobre 1990, sur le même sujet ?

    Rusatira va même plus loin en soutenant que suite à ce prétendu désaveu, il a échappé à un attentat dans la nuit du 04 au 05 octobre 1990. Il soutient qu'il était visé par la fusillade de cette nuit dans la ville de Kigali. Nous y reviendrons plus loin pour démontrer qu'il s'agit d'une pure fabrication de sa part.

    Par contre, il y a eu, au début de la guerre, un incident dont Rusatira ne veut pas parler et qui serait à l'origine de sa frustration. A cette époque, celui-ci a voulu que la cellule des opérations soit dirigée par le Ministère de la Défense au lieu de l'État Major de l'Armée, mais le Président de la République en a décidé autrement. C'est ainsi que l'on a mis en place à l'Etat Major de l'Armée ce qui a été appelé alors « Direction des opérations13 ». La décision du Président relevait de la pure logique car la conduite de la guerre ne se limitait pas seulement à la direction des opérations militaires. Rusatira avait du pain sur la planche: il ne pouvait pas chômer en cette période de guerre. Les tâches de mobilisation des ressources humaines et matérielles, celles de recherche de renseignements stratégiques, celles liées aux actions médiatiques et psychologiques pour ne citer que ces quelques domaines seulement, étaient immenses pour le Ministère de la Défense.

    Rusatira ne peut pas nier qu'il a assisté régulièrement aux réunions de la Direction des Opérations militaires qui se tenaient chaque matin à l'État major de l'Armée Rwandaise pour examiner la situation sur le front et les actions à mener pour la poursuite de la guerre.

    A la page 184 de son livre, il soutient que pour avoir osé exprimer au Président Habyarimana, trois mois avant, ses inquiétudes sur la dérive politique en cours, il s'est vu mis sous les ordres d'un officier qui lui était inférieur en grade. Ainsi, Rusatira n'a pas digéré la désignation du Colonel Augustin Ndindiliyimana à la tête du Ministère de la Défense en décembre 1991. Cependant, on sait que Ndindiliyimana était une personnalité expérimentée, parce qu'il avait été Ministre depuis 1982. Il n'y avait donc rien d'étonnant qu'il soit nommé à la tête du Ministère de la Défense dans le gouvernement dirigé par le Premier Ministre Sylvestre Nsanzimana à la fin de l'année 1991.

    Depuis 1970, plusieurs officiers supérieurs en grade avaient travaillé sous les ordres de Rusatira et avaient obéi au règlement qui prévoyait que la fonction primait sur le grade. Au lieu de se conformer à la loi comme d'autres l'ont fait à son égard, Rusatira a violemment boudé le fait de passer sous les ordres de Ndindiriyimana, moins ancien dans le grade. Peut-être pensait-il que le poste de Ministre de la Défense lui revenait pour y avoir exercé de hautes fonctions pendant 22 ans ?

    Par ailleurs, si en septembre 1991 Rusatira pouvait s'approcher du Président Habyarimana pour lui faire part des choses qui n'allaient pas dans la politique du pays et de surcroît en rapport avec le parti du Président comme il le dit dans son livre, cela signifie que leurs relations sont restées bonnes. Ces bonnes relations excluent déjà l'existence de démêlés de grande ampleur avec le Président au début de la guerre. Nous allons démontrer plus loin que ce prétendu attentat contre Rusatira dans la nuit du 04 au 05 octobre 1990 n'a pas eu lieu.

    Rusatira révèle dans son livre qu'il ne s'est jamais senti dans sa juste place pendant la guerre. Il y revient tellement souvent que cela paraît être une obsession. Ceci est une preuve

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    que l'incident relatif à la direction des opérations militaires que nous venons de relever plus haut était si bien réel et profond. Cet incident, comme la nomination du Général Ndindiliyimana à la tête du Ministère de la Défense, l'a donc sérieusement affecté.

    Depuis la veille de l'avènement du multipartisme, Rusatira ne s'est pas effectivement occupé de ses tâches si importantes au Ministère de la Défense au moment crucial de l'histoire du pays. Ses déclarations à peines voilées permettent enfin de comprendre son comportement qui, tout au moins, frise la trahison. En effet, quelles que soient ses raisons personnelles, il aurait dû privilégier les intérêts supérieurs de la nation et avoir un peu de modestie de comprendre que bien loin des intrigues de cour, d'autres officiers tombaient sous les balles des envahisseurs pour défendre leur patrie. Encore une fois, son amour-propre a pris le dessus sur la raison.

    En outre, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper, que Rusatira est arrivé au point de ne pas souhaiter la victoire militaire des FAR à laquelle il croyait ne pas être associé. Comment peut-on ne pas croire que Rusatira faisait partie de ceux qui ne souhaitaient pas la victoire militaire des FAR quand on sait qu'il a tenté sans succès, depuis l'avènement du multipartisme, d'inciter les militaires à la révolte et à ne pas combattre en leur disant que la cause qu'ils défendaient ne valait pas la peine. Il a ainsi fait des démarches dans ce sens auprès de certains officie rs du Bataillon Para Commando, du Bataillon de Reconnaissance et du Bataillon Commando de Ruhengeri14 mais sans succès. Nous nous limitons à ces unités pour lesquelles nous disposons de preuves15. Nous savons aussi qu'il a fait les mêmes démarches auprès des civils intellectuels qu'il pour l'opposition proche du FPR mais sans beaucoup de succès. D'ailleurs, Rusatira ne cachait pas sa tendance politique MDR aile pro-FPR. Pourtant, en vertu de la constitution du 10 juin 1991, les membres des FAR, encore en activité de service, devaient être apolitiques.

    A la lumière des incidents non exhaustifs ci haut relatés, nous pourrions affirmer que le Général Rusatira a sournoisement participé à la propagande de démoralisation et de démobilisation des Forces Armées Rwandaises pour compromettre leur victoire militaire qu'il ne voulait pas mais sans vouloir non plus celle du FPR. Il le confirme d'ailleurs lui-même à la page 60 de son livre. Il aura donc commis une erreur fatale car un tel comportement ne pouvait qu'encourager le FPR qui n'a jamais cru aux Accords d'Arusha, à poursuivre son objectif de conquérir le pouvoir sans partage, sachant que les divisions créées au sein des FAR, ne leur permettraient pas de résister efficacement. Rusatira devrait donc cesser de prétendre n'être pas associé aux causes de la défaite. Il devrait plutôt reconnaître qu'il est l'un des fossoyeurs des FAR et avoir le courage d'assumer sa part de responsabilité.

    Avant de clôturer ce chapitre, nous pensons qu'il est indispensable de nous arrêter un peu sur le communiqué du 12 avril 1994 qui a fait couler tant d'encre et qui continue à faire l'objet de manipulation et de récupération politique pour accréditer certaines thèses et sur les contacts secrets entre Dallaire et Rusatira.

    En parlant du communiqué du 12 avril 1994 à la page 55 de son livre, Rusatira dit : « Même si tous les oficiers signataires de ce document ne faisaient pas partie de l'état-major, il fut attribué au commandement des Forces armées rwandaises (FAR) à cause de la caution du chef d' état-major. ».

    A la page 68, Rusatira écrit : « La conspiration de Kigeme faillit donc réussir n 'eût été la présence du contingent français. Mais tout homme épris de justice reconnaîtra que je ne

    méritais pas ce sort. En avril 1994, je m 'étais dressé, à titre personnel puisque je ne commandais rien, contre l'abandon de la Capitale par l'Etat-major sans coup férir ni négociation. J'avais même été à l'origine d'une déclaration, le Communiqué du 12 avril déjà cité et qui proposait de négocier et réclamait l'arrêt du massacre d'innocents. On m 'avait alors accusé de chercher un prétexte pour rester avec le FPR à Kigali ».

    Nous pensons que Rusatira devrait ne pas continuer à entretenir la confusion autour de ce communiqué du 12 avril 1994 en disant qu'il fut attribué au commandement des Forces Armées Rwandaises à cause de la caution du chef d'état-major.

    Plutôt, quelque soit la contribution des uns et des autres, la responsabilité dudit communiqué revient complètement à l'État-major de l'Armée Rwandaise qui lui a donné tout le poids conséquent en l'endossant au nom des FAR. Non seulement c'est le Chef d'État-major ( a.i.) de l'Armée Rwandaise qui était présent mais il était entouré par les quatre chefs de bureau de l'État-major. Sans autre précision, un lecteur non averti ne saura jamais qu'à ce moment précis :

    • Le Colonel Joseph Murasampongo était le G1 de l'État-major de l'Armée Rwandaise ;
    • Le Colonel BEMS Aloys Ntiwiragabo était le G2 de l'État-major de l'Armée;
    • Le Lieutenant-colonel Emmanuel Kanyandekwe, qui remplaçait le colonel Gratien Kabiligi, G3 de l'État-major de l'Armée Rwandaise, qui était en mission à l'étranger ;
    • Le Lieutenant-colonel BEMS Augustin Rwamanywa était G4 de l'État-major de l'Armée Rwandaise.

    A cet Etat-major complet de l' Armée Rwandaise, sont venus s'ajouter quelques officiers supérieurs de l'Armée Rwandaise présents à Kigali et certainement entrés en contact d'une manière ou d'une autre avec l'Etat-Major pour la circonstance. Il s'agit de:

    • Le Colonel Félicien Muberuka, commandant des opérations militaires dans la ville de Kigali
    • Le Colonel André Kanyamanza, commandant de l'Escadrille d'Aviation ;
    • Le Colonel Léonidas Rusatira, commandant de l'Ecole Supérieure Militaire ;

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    Notes
    1. La classe de poésie correspond à l'avant dernière année avant de terminer le cycle complet de l'école secondaire


    2. Dans son Livre, Rwanda, l'espoir, Rusatira a dit que c'était le représentant du FPR à Bukavu qui a facilité à son équipe de rejoindre Gisenyi, à partir de Bukavu, via Goma.


    3. Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l'espoir, p. 23


    4. Dans la foulée, le Président Habyarimana a cédé aussi les postes de chef d'Etat Major de l'Armée et de la Gendarmerie. Le Président a renoncé au cumul de fonctions, comme il l'avait annoncé au cours de la réunion des responsables militaires du 04 décembre 1991, pour une meilleure gestion des FAR (voir La Relève N° 202 du 06 au 12/12/91 p. 3).


    5. Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l'espoir, p. 184.


    6. Un proverbe rwandais similaire dit: « Iguye hasi ntayitayigera ihembe ». Certes Habyarimana avait des défauts comme tout être faillible, mais il faut reconnaître qu'il avait aussi des qualités intellectuelles et de chef.


    7. Léonidas Rusatira, Rwanda, Le droit à l'espoir, p. 129


    8. Le CIC (Commission interministérielle de coordination) en matière de sécurité regroupait le Ministre de la défense, celui de l'intérieur, de la justice, des affaires étrangères et le Directeur de l'ORINFOR (Office Rwandais d' Information).


    9. Dans son livre "Noires fureurs, blancs menteurs", M. Pierre Péan fait état, à la page 46, d'un télégramme envoyé par Rusatira à l'Elysée, en mars 1990, sur la menace d'une attaque contre le Rwanda par les réfugiés rwandais installés en Ouganda.


    10. Selon les informations dignes de foi, Rusatira a défendu, au cours d'une réunion du Comité Central du MRND à ce sujet, l'idée selon laquelle il ne fallait pas informer la population sur les attaques éventuelles par la diaspora Tutsi. Mais curieusement, à la page 132 de son livre, il attribue cette position déplorable au Président Habyarimana au lieu de l'assumer personnellement en tant qu'auteur et défenseur devant les membres du Comité Central du MRND.


    11. Il faut entendre par troïka les immuables adjoints du président Habyarimana (Rusatira Léonidas au Ministère de la Défense Nationale depuis 1970, Serubuga Laurent à l'Etat-Major de l'Armée Rwandaise depuis 1973, Rwagafilita Pierre Célestin à la Gendarmerie Nationale depuis 1979)


    12. Voir Dallaire : « J'ai serré la main du diable. Page 373-374 »


    13. Rusatira en fait allusion à la page 133 de son livre à la note de pied de page no 3.


    14. Rusatira se rappelle de ses démarches infructueuses auprès du Major Laurent Bizabarimana, commandant du Bataillon Commando Ruhengeri, auprès du Capitaine Anaclet Dukuzumuremyi du Bataillon de Reconnaissance, du Capitaine Hakizimana et Capitaine Shumbusho tous deux membres du Bataillon Para commando. A cette liste s'ajoute aussi le Major Gérard Ntamagezo, commandant de bataillon dans le secteur opérationnel de Ruhengeri avant de devenir officier d'Etat Major de l'Armée Rwandaise.


    15. C'est peut-être pour cette raison qu'il a participé à la campagne de diabolisation de ces unités.

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