La poésie guerrière IBYIGUVO

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La poésie guerrière IBYIGUVO

A. Coupez et Th. Kamanzi, Littérature de Cour au Rwanda, Oxford: Clarendon Press, 1970, pp.96-97

1. Présentation

Nous présentons dans ce chapitre des éloges proprement dits, des parodies et des genres annexes. Les premiers portent le nom de icyivugo, dérivé de -vug- parler incluant le classificateur réfléchi et signifiant littéralement morceau où l’on parle de soi-même, autopanégyrique. On les récite en brandissant sa lance et en hurlant à pleins poumons, comme pour impressionner l’ennemi. On s’efforce d’émettre le plus de syllabes possibles d’un seul souffle, sans tenir compte des limites des phrases. Partant d’un registre très haut, on atteint avec la limite du souffle celle de l’abaissement du son ; un bref arrêt, puis l’on repart de plus belle, et ainsi de suite. Le rythme est assonancé, avec une intensité variable selon les poètes.

L’auteur se vante sans réserve d’exploits réels ou imaginaires, dont la convention du genre admet l’exagération. Le style suit les règles générales de la poésie, outre les tournures syntactiques que nous lui avons attribuées particulièrement. Le genre est le plus humble, le moins sophistiqué des trois officiels : la compositions de parodies serait sacrilège s’il s’agissait de poésie pastorale ou dynastique. Il est d’autre part le seul à être maintenu vivant jusqu’à nos jours sous certaines formes. Par contre, sa transmission n’était pas assurée, et les morceaux disparaissaient généralement avec leur auteur. Aussi en possède-t-on peu qui soient anciens.

2. Eloges du type classique

Ce type appelé iningwa, est celui que les cadets apprennent à la cour. Leur maître les habitue à en construire, en leur imposant pour chaque exercice un des trois thèmes consacrés, arc, lance ou bouclier, sur lequel ils doivent baser les figures. Ceux qui atteignent la maîtrise se composent un morceau personnel, qui s’identifie désormais à eux et dont un extrait, de préférence les premiers mots, vaut leur nom pour les désigner. Les autres demandent l’aide d’un spécialiste réputé. A l’occasion des exploits dont s’illustre sa carrière, le guerrier retouche ses éloges. Il récite ceux-ci dans les circonstances solennelles : au combat, sur le cadavre de l’ennemi ; lors des veillées d’armes qui précèdent ou suivent les combats ; dans les exhibitions de danse guerrière. On peut aussi les dire à un bienfaiteur pour exprimer sa reconnaissance. Lors de veillées récréatives, ils sont suivis de défis. Les récits historiques en reprennent souvent des passages, tels quels ou adaptés à la syntaxe de la prose.

La partie proprement poétique du texte est suivie d’une autre, appelée ibigwi (dont le singulier ikigwi signifie lieu où l’on a tué), qui consiste en une énumération sèche et précise des victoires. Dans l’ensemble, les morceaux classiques sont assez longs et peu rythmés. Quelques-uns, sans doute les plus célèbres, nous sont parvenus spontanément à travers la vox populi…

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