Les quinze clans

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Les quinze clans

Alexis Kagame , Les organisations socio-familiales de l’ancien Rwanda, Bruxelles 1954 pp.37-61)

TABLE DES MATIERES

I. Généralités

1. Les populations du Rwanda se répartissent en groupements sociaux appelés respectivement Ubwoko (clans), imilyango (familles) et Amazu (parentèles). Les familles et les parentèles seront étudiées dans le chapitre suivant; nous allons décrire d'abord le clan.

a) Le Bwoko, degré supérieur en cette classification, se reconnaît au totem. Ce dernier est appelé, en langage technique traditionnel, Inyamaswa (animal sauvage). C'est ou bien un animal, ou bien un oiseau, servant de symbole héraldique, dont se réclament les groupes intéressés, dans les rapports ayant surtout trait au mariage.

2. Disons tout de suite qu'il n'y a, au Rwanda, aucune conception autre que sociale entre le clan et son totem. Ce dernier ne correspond donc à aucune doctrine d'ordre magique qui lui reconnaîtrait une influence quelconque sur la vie et les destinées des hommes se réclamant de lui. Les membres du clan, en conséquence, ne sont tenus à aucune forme de culte rendu au totem. Il a pu être autrement dans le passé, mais le totem est actuellememnt un symbole purement héraldique, une espèce de drapeau, sous lequel se rangent les membres du clan.

3.On ne peut relever une trace quelconque de croyance ou de rite réglant les relations du clan au totem. Aucune défense strictement telle n'interdit aux membres du clan de tuer un animal totem. La bergeronnette (totem des Bagesera), ainsi que le corbeau ( considéré en certaines régions comme totem du clan des Babanda), bénéficient seuls d'une interdiction protectrice. Celui qui les tue, membre ou non du clan correspondant, doit accomplir un certain rite de purification. On remarquera que cette interdiction n'est pas clanique, puisqu'elle ne vise pas les seuls membres du clan.

4. a) Les principaux clans du Rwanda sont les suivants:

CLAN TOTEM (Kinyarwanda) TOTEM (Français)
Abasindi Umusambi La Grue couronnée
Abega Igikeli le Crapaud
Abakono Igikeli le Crapaud
Abaha Igikeli le Crapaud
Abagesera Inyamanza la bergeronnette
Abazigaba Ingwe le Léopard
Abasinga Sakabaka le Milan
Abashambo Intare le Lion
Abahondogo Ishwima le Pic-boeuf
Abacyaba Impyisi l'Hyène
Ababanda Impyisi l'Hyène
Abenengwe Ingwe le Léopard
Abongera Isha la Gazelle
Abungura Ifundi la Mésange ?
Abasita Imbwebwe le Chacal

b)Les groupements qui ne se rattachent à aucun clan déterminé, sont appelés Abashozi (les Sans-clan). Ce fait arrive lorsqu'il s'agit d'immigrés venant de régions où les clans du Rwanda sont inconnus. A leur arrivée dans le pays, ils ne savent pas sous quel totem se ranger!

5. Notons que les cinq premiers clans occupent une place spéciale des cette classification, à cause de leur rapport avec la dynastie. Au clan des Basindi appartient la dynastie: c'est le clan régnant. Les 4 suivants, à savoir les Bega, les Bakono, les Baha et les Bagesera, sont les clans matridynastiques: c'est parmi eux que sont choisies les Reines Mères. Ils occupent un rang spécial dans le Code Esotérique de la Dynastie. Le sixième, celui des Bazigaba, est également considéré comme de la catégorie supérieure. Il a donné une seule reine, mère de Gihanga, fondateur de la lignée. Le septième clan, celui des Basinga a donné 9 Reines Mères sur les 12 premières. Mais depuis le règne de Ruganzu I Bwimba, le 12ème membre de la dynastie, ce clan a été exclu de cet honneur: il ne peut plus régner. Tous les autres clans ne peuvent pas régner (en la personne de Reines Mères); les Bashambo et les Bahondogo parce que frères du clan des Basindi: les descendants de Gihanga suivant les prescriptions du Code Esotérique de la Dynastie, donnent le Roi seul. Les autres clans sont exclus, parce que considérés comme inférieurs.

II. Concept du clan au Rwanda. - Les clans d'origine céleste

6.L'institution du clan et du totem déborde le cadre réduit du Rwanda.Les ethnologues l'ont étudiée un peu partout dans le monde. Il ne s'agit donc pas ici de rechercher l'origine du clan et du totem en général; c'est un problème relevant de l'ethnologie. Il s'agit d'examiner simplement le problème du clan et du totem, tel qu'il se présente au Rwanda. Nous ne perdrons pas notre temps dans des comparaisons avec le concept qu'on s'en fait en d'autres pays, parce que pareille étude déborde le plan de cette monographie.

7. a)Le premier point à souligner est que les races du Rwanda ne sont pas exclusives dans leur appartenance à tel clan déterminé. A tel totem donné appartiennent aussi bien Hamites et Bantu que Batwa (Céramistes-Pygmées). Le clan dynastique lui-même n'échappe pas à cette communauté mêlée de races: le Roi se réclame du même totem (du même clan) que des Bantu et des Batwa

b)Ne considérons pas le fait que les Bantu de l'Afrique centrale étaient organisés en clans, indépendamment des Hamites envahisseurs. Ne nous arrêtons pas non plus sur la même institution chez les Hamites, au moment de leur arrivée en Afrique centrale. Les deux aspects de la question, comme il a été dit il y a un instant, ne sauraient s'expliquer dans ce cadre trop restreint. C'est un problème qui déborde, non seulement les Hamites et les Bantu,mais encore le continent africain. Considérons tout simplement ce fait de l'appartenance des trois races au même clan, au même totem.

8.Un point semble indiscutable: c'est que le clan était initialement une famille, descendant d'un ancêtre commun. L'institution se basait donc sur la parenté de sang. Le chef de la famille en était le souverain dans tous les domaines; les traditions à ce sujet trouvent leur confirmation en de vastes zones de l'Afrique centrale. D'autre part, les Hamites rwandais dont il est possible de connaître les débuts en nos régions, ne procédèrent pas autrement. Ils fondèrent leurs clans par ancêtres éponymes. C'est dire donc qu'initialement, les clans hamitiques en question, étaient des familles.

A.Les clans descendant de Gihanga, fondateur de la dynastie

Mutwa

Ainsi donc, le clan régnant est appelé Abasindi , du nom de son ancêtre Musindi tout comme les Bashambo et les Bahondogo se rattachent respectivement à Mushambo et à Muhondogo. On notera que ce sont les trois petits-fils de Gihanga (et non ses trois fils directs) qui donnèrent les dénominations claniques. Nos Hamites ne se sont donc pas inféodés à des clans antérieureremnt établis dans les régions avec lesquelles ils entraient en contact. Ils ont fondé des familles qui, en adoptant des totems, s'érigèrent en clans.

9. Commenet dès lors expliquer le fait qu'il y ait des Basindi-Batwa ? En ce qui concerne les Bahutu (de race bantu) on peut toujours dire qu'il s'agit de familles hamitiques appauvries. mais avec les Batwa, cette supposition est à priori écartée. Comme il ne peut y avoir des Batwa descendant de Musindi, l'explication doit être cherchée ailleurs que dans l'origine par parenté du sang.

10. a)Les descendants de Gihanga nous donnent un exemple frappant, de familles s'érigeant en clans en adoptant un totem. Il n'est pas dit que Gihanga n'avait pas de totem, évidemment! Ce qui est cependant certain, c'est qu'il ne pouvait en avoir trois à la fois! Si par conséquent la branche aînée, - Kanyarwanda I Gahima, - a conservé le totem primitif de la famille (c'est une simple supposition), les deux autres ont adopté sur place.

b) Toutefois, nous devons nous rappeler qu'avant la famille, actuellement clan dynastique, il y avait d'autres groupements hamitiques. Or ils sont dans le même cas: des Batwa se réclament des mêmes clans et totems que ces Hamites. Le même problème se pose donc à leur sujet. Si chaque famille des envahisseurs s'est érigée en clan, en adoptant un totem, la question posée peut ainsi se dépalcer indéfiniment.

11.Il semble qu'on ne saurait la résoudre autrement qu'en passant du clan politico-familial au caln purement politique. C'est-à-dire que, à cette époque initiale, les partisans d'un chef puissant, ses guerriers et familiers chargés de défendre ses immenses troupeaux, auraient porté l'appellation calquée sur le nom de leur patron. Bien des exemples peuvent nous le suggérer par analogie: les hommes d'un parti politique ayant affirmé une opposition armée contre l'autorité, portent une dénomination calquée sur le nom de son chef. Ainsi nous avons:

  • ABAGEREKA: partisans de RUGEREKA
  • ABANYABYINSHI: partisans de BYINSHI

Mais en dehors de pareils partis, qui laissent dans l'histoire un nom de réprouvés, nous avons aussi des groupements guerriers, désignés sous le nom du prince fondateur; par example les armées sociales:

  • ABARINDA: créés par le prince Rwabirinda
  • ABASHOZAMIHIGO: du prince Nshozamihigo

12. Le cas le plus typique au point précis qui nous intéresse ici, est celui de Benegitore, se rattachant au prince Gitore, fils de Kigeli I Mukobanya. Ce Gitore mourut jeune, ne laissant qu'un seul fils. Avant de mourir, Il adopta tous ses familiers et guerriers, si bien que la famille des Benegitore est l'une des plus grandes du clans des Basindi. Mais on sait que le groupe en question, dont les membres sont actuellement considérés comme appartenant au clan dynastique, en furent initialement étranger.

13. Bref, nous constatons un fait indiscutable: des Hamites qui se réclament d'un même clan et d'un même totem que des Bantu du centre africain et des Batwa surtout. Comme la parenté du sang est inconcevable entre Hamites et Batwa, il n'y a pas d'autre moyen d'expliquer ce phénomène, que de recourir au clan purement politique, dans lequel tous les sujets d'un chef de groupement politico-familial auraient été désignés par le nom du maître. Cette première formalité une fois accomplie, le totem du même chef aurait servi de symbole héraldique pour tous ceux dont il est devenu fondateur éponyme. Des groupements analogues suggèrent le bien-fondé de cette interprétation. Si cette explication de clan purement politique n'est pas valable, il me semble qu'il serait difficile d'en trouver une autre.

14. Mentionnons, en cet endroit, deux groupes descendant de Gihanga, qui ne se constitu``erent pas en clans:
1.Les Batsobe, descendant de Rutsobe, fils batard de Gihanga et 2. les Bashingo, dont l'ancêtre éponyme aurait été Gashingo, fils de Gashubi, lequel était le fils de Gihanga. Leur condition amoindrie aurait-elle été la cause de cette exception? Rutsobe était batard, disions-nous; tandis que Gashubi est considéré comme s'étant rendu coupable d'une grave désobéissance (cf. Inganji Karinga , Vol. II, Chap. V, No 13-15) qui arrêta la grande abondance de richesse en bovidés.

15. Il semble cependant que le vrai motif, en ce qui concerne Gashubi, fut que sa descendance évolua en dehors de la société rwandaise. Les mémorialistes lui reconnaissent le titre de fondateur de la dynastie qui gouverna longtemps le pays du Bushubi, situé au nord-ouest du lac Victoria. Une coutume du Code ésotérique, pratiquée par les rois du Bushubi, corrobore cette tradition. A l'avènement du monarque rwandais, tous les rois issus, devaient accomplir un geste par lequel ils reconnaissaient que le nouveau régnant était le chef patriarcal de tous les descendants du lointain ancêtre.Les lignées qui se pliaient religieusement à cette pratique sont celles du Ndorwa, du Bugesera, du Bunyabungo et du Bushubi. D'autre part, le Code ésotérique de notre dynastie accorde une place très importante aux Bashingo, sur le même pied d'égalité que les autres familles rwandaises descendant de Gihanga, et cela dans la célébration des cérémonies les plus intimes de l'institution. On nepeut donc douter de la parenté du sang entre cette famille et la dynastie.

16. Sur qou repose cependant cette dénomination de Bashingo? Le fondateur éponyme a-t-il réellement existé? Personne ne veut y répondre d'une manière décisive, car les mémorialistes du Rwanda n'avaient pas des contacts suffisamment suivis avec le Bushubi. Remarquons, en passant, que si gashingo a réellement donné son nom à la famille, il y a un parallélisme parfait entre les trois grandes maisons, dont les éponymes ne furent pas les fils directs, mais les petits-fils de Gihanga.

17. Le lecteur se demandera sans doute pourquoi la question est ici posée au sujet de Gashingo. La raison en est qu'il existe une région appelée Bushingo, au nord du Buha actuel, et au sud-est du Burundi. Or certaines branches des Bashingo, les plus importantes du moins, se rattachent au groupe immigré du Burundi, sous le règne de Ruganzu II Ndoli au XVIème siècle. Ces nouveaux arrivants étaient dirigés par le nommé Bashana l'Ancien. Je puis dès lors penser que ce seraient les Bashingo, parce qu'originaires cette région, de même que les immigrants du Buha furent appelés Abaha. Ce n'est cependant qu'une supposition: mais il faut la prendre en considération, si nous voulons disposer d'une documentation aussi complète que possible. Remarquons cependant que si nos immigrés du Burundi étaient en fait originires du Bushingo, on peut supposer que le nom de la région aurait été dérivée de Gashingo. Comme on le constate, il n'entre pas dans mes intentions d'introduire un doute inutile, mais un complément qui écarte à l'avance toute discussion ultérieure à ce sujet.

B.Les clans du totem Crapaud

18. Les clans Abega, Abakono et Abaha, comme on le voit, se réclament d'un même totem: le Crapaud. Ils se disent trois clans frères, descendant respectivement de Serwega, de Mukono et de Muha. Ces derniers auraient été fils de Mututsi! D'après le récit mythique concernant Kigwa,ancêtre de la présente dynastie qui descendit du ciel, Mututsi était son frère. Ne trouvant pas d'épouse digne de lui parmi les terricoles, Kigwa épousa sa soeur Nyampundu, et Mututsi attendit que son frère Kigwa ait une fille. Ainsi, tandis que Kigwa avait épousé sa soeur, Mututsi s'unit à sa nièce, de laquelle il eut trois fils: Serwega, Mukono et Muha.

19. Mututsi,sous cette forme, veut dire Hamite. Le récit n'a, de toute évidence, qu'une seule signification symboliquement exprimée: à savoir qu'à leur arrivée dans l'aire qu'ils occupent, nos pasteurs s'interdirent les mariages entre leur race et les autochtones. Que Kigwa ait épousé sa soeur, comme il a été dit au paragraphe précédent,la coutume de l'endogamie clanique conservée dans sa descendance peut en être un témoignage de valeur.Sinon si son frère supposé avait épousé sa nièce dans les mêmes conditions, les descendants de ce dernier auraient mêmement maintenu quelques traces de cette incestueuse union, par une forme quelconque d'endogamie; ce qui ne se vérifie pas.

1.Abega

20.L'éponymie de Bega (dont le radical du mot est ega) trouve son explication dans deux sources différentes.la première est le récit mytique lui-même: pour éluder les conséquences néfastes qui résulteraient de l'union incestueuse projetée, Kigwa conseilla à son frère d'aller s'établir sur le versant de la colline située au-delà de sa propre résidence. Or le versant d'une colline (pas d'une montagne), du moment que la proclivité part d'un marais, se dit umwega du radical ega, ayant le sens général de: redressement, pente douce. Une fois que Mututsi eut construit sa résidence à l'endroit indiqué, Kigwa l'interpella et s'informa: qui êtes vous? Mututsi répondit: ndi umwega wa kulya! = je suis le versant d'au-delà (de la vallée)! - Si vous êtes umwega, conclut Kigwa, vous appartenez donc à un autre clan! En conséquence, il vous est loisible d'épouser une fille de mon propre clan! - Ainsi suggéré, ainsi fait. - Les ingénieux compositeurs du mythe oublièrent l'inconséquence d'un pareil discours chez l'incesteueux mari, époux de sa propre soeur.Ils ne pensèrent pas non plus à l'endogamie clanique, persistant chez les descendants de Kigwa, lequel prêtait une attention si méticuleuse à la sauvegarde de l'interdiction traditionnelle en vigueur au Rwanda. Comme Mututsi était désormais Umwega (wa kulya), ses descendants s'appelèrent Umwega au singulier, et au pluriel Abega

21. La deuxième source de l'éponymie Abega puisée, elle, dans les traditions des mémorialistes, base cette appellation sur leur ancêtre Serwega, fils de Mututsi. Son nom se compose de trois parties: du prefixe se et du déterminatif ru, intraduisibles sous forme séparée; et du radical ega que nous venons d'expliquer. Le déterminatif ru change son u en w , toutes les fois que le radical commence par une voyelle, comme ru suivi du radical anda (au sens général d'extension) fait Rwanda = vaste étendue. Par la position du classificatif umu (au pluriel aba) devant le radical ega, nous obtenons la dénomination umu-ega ( u = w) = Umwega au singulier et Aba-ega ( Ab'ega) = Abega, suivant la règle président à la formation des éponymies.

22. Les Hamites idéalisés dans Mututsi-personnifié, n'attendirent pas, nous le savons bien, que Kigwa descendît du ciel, pour qu'il leur devînt possible de s'établir au Rwanda. Dès lors, l'ancêtre éponyme Serwega, parent de Kigwa, n'est qu'une fiction. Les Bega du reste, débordent amplement le domaine de nos Basindi, dans le temps et dans l'espace. Bien longtemps avant que notre actuelle dynastie ait pu affermir sa puissance, les Bega régnaient au Burundi. Leur souverain était le grand ministre de la secte Bacwezi, qui voue son culte à Kiranga. Leur lignée fut légalement éteinte sous le règne de notre Mibambwe I Mutabazi. Les Barundi intronisèrent alors Ntare I Rusatsi, fondateur de l'actuelle dynastie. Le clan des Bega est, d'autre part, représenté dans les régions hamitisées qui entourent le Rwanda.

23. Des groupements importants des Bega étrangers virnent se fixer au Rwanda à diverses époques; les plus en vue respectivement originaires du Ndorwa et du Karagwe, sont les Bakongoli et les Barejuru. Ces derniers sont tellement peu des Bega rwandais, qu'ils ont leur mythe propre, expliquant leurs origines celestes. Leur ancêtre éponyme Ndejuru, était de la race mythique des hommes qui vivent dans le monde supérieur au-dessus du firmament, dont le corps au teint bronzé est tacheté de blanc, et qui sont munis de queues. Etant descendu sur terre, comme le font ses semblables, durant la nuit. pour se ravitailler en régimes de bananes, il ne put remonter au ciel avant le lever du jour. Les terricoles lésés s'emparèrent de lui et le maltraitèrent. Il fut amputé de sa queue et son retour au ciel en fut définitivement rendu impossible. Il s'établit dès lors, print femme parmi les humains de notre monde et fondan ainsi le groupe des Barejuru. Le nom de Ndejuru signifie: je suis au firmament. L'appellation de ses descendants, Abarejuru, veut dire: ceux qui sont au firmament.

24. Nous nous trouvons ici en présence d'un mythe caractérisé, dont l'aspect particulier n'a heureusement pas frappé l'attention de nos conteurs. Ils auraient essayé, en effet, de modifier profondément ce document qui met en vedette l'incohérence des récits forgés en vue de rattacher les Bega à la famille des célicoles par la parenté avec Kigwa. Nous sommes dès lors fondé à poser cette question: le mythe des Abarejuru n'aurait-il pas été, dans les débuts, commun à tous les Bega? Ces derniers ne l'auraient-ils pas modifié, au Rwanda, pour rattacher leurs origines à un épisode plus anoblissant? Les Abarejuru sont, en effet, arrivés en [sic!] Rwanda à une date relativement récente. Ils n'auraient pas assisté à la transposition du mythe en milieu rwandais.

25. La question ainsi posée en provoque tout naturellement une autre. Le mythe de Kigwa est-il propre au fondateur de la lignée des Basindi? Ses origines célestes n' auraient-elles pas été empruntées à ce récit antérieur des Bega? La réponse à cette question n'est certes pas possible. Mais il n'est pas inutile de la formuler, car la supposition touche au problème de l'interprétation des cultures qui se sont superposées au Rwanda. Au cours des monographies qui suivront celle-ci, nous aurons l'occasion de souligner l'attribution au clan des Basindi régnant, d'éléments culturels manifestement étrangers à la civilisation des pasteurs, ou clairement antérieurs à l'arrivée de Kigwa. Ne prétend-on pas, entre autres, lui attribuer la qualité de premier Hamite arrivé dans notre aire, alors que des princes de sa race sont là pour le recevoir, lui donner hospitalité et pâturages?

26. Il ne serait donc pas improbable que les mémorialistes des temps anciens, aient attribué au groupe des Basindi un mythe emprunté aux Bega, auxquels ils auraient accordé, en compensation, une participation intime à la vie familiale de Kigwa. Nous devons nous rappeler, en effet, que les mythes renferment, très souvent, sinon toujours, des réminiscences des temps préhistoriques, qu'ils nous transmettent en poèmes symboliques. Il suffit de savoir les interpréter. Ici s'impose un double fait: Les Bega du Rwanda participent au mythe des origines célestes des Basindi. Les Bega étrangers ( Barejuru) ont un mythe parallèle. D'où nous concluons que les Bega, indépendamment des Basindi, ont eu ce mythe. Cette constatation suffit, pour la présente monographie.

2.Abakono

27. Les Bakono régnaient sur le Bigufi, région sise au nord-est du Burundi. Le clan comptait les membres dans l'aire du Rwanda actuel, bien longtemps avant le règne de notre Cyilima I Rugwe, 17 ème ancêtre du roi actuel. Le nommé Nkima, membre de ce clan, servit d'intermédiare à ce prince pour obtenir la main de Nyanguge, princesse du Bugufi, qui sera mère de notre Kigeli I Mukobanya. Le Code ésotérique de la dynastie en a conservé des preuves que seuls peuvent mettre en doute ceux qui ne comprennent rien à l'interprétation des documents les plus révélateurs dans l'analyse des cultures.

3.Abaha

28. Le clan des Baha entra de bonne heure en relation avec le Rwanda des Basindi, auxquels ils donnèrent la mère du 10 ème monarque. Ceci n'implique évidemment pas qu'à cette époque les Baha étaient rerpésentés effectivement au Rwanda. On sait que nos monarques, en accomplissement de certains points du Code ésotérique, fiançaient des princesses du Bugufi et du Buha, par l'intermédiaire de délégués. Le grand-père du roi actuel fut le dernier à conclure de ces mariages rituels, en envoyant une délégation aux fins de lui amener de ces lointaines et irremplaçables fiançées. Les plus illustres de ces dernières furent Matama, mère de Yuhi II Gahima II, et Nyabuhoro, mère de Mibambwe II Gisanura. Il est, en tous les cas, établi que les familles du clan des Baha, actuellement considérées dans le Rwanda, sont issues des immigrés du Buha, ayant formé l'escorte de ces futures reines mères, qui purent les enrichir à souhait.

29. Rappelons que le Buha, dont il est question ici, n'est pas le pays actuel de ce nom, situé au sud-est du Burundi. Il s'agissait du pays actuellement disparu, que nos mémorialistes et nos détenteurs du Code ésotérique de la dynastie appellent Ubuha bwa ruguru= le Buha supérieur. Il était limitrophe du Bugufi, et se situait ainsi à l'est du Burundi. Ce dernier royaume aura annexé le Buha supérieur, ainsi qu'il fit du Bugufi. Ainsi donc, de même que la dynastie des Bakono régnait sur le Bugufi, celle des Baha gouvernait le Buha supérieur. D'où l'on pourrait supposer que le clan des Baha porte l'appellation du pays: habitants du Buha. Nous n'allons cependant pas, de ce chef, conclure que leur ancêtre éponyme Muha n'a pas existé. L'autre supposition, - à savoir que le pays aurait été dénommé d'après la dynastie, - reste possible. Nous aurions donc initialement les Baha descendant de Muha, dont le domaine aurait été désigné sous le nom de Buha= pays gouverné par les Baha

30. Ce qui vient d'être rappelé peut expliquer, en partie, pourquoi les Bega, les Bakono et les Baha se disent frères, et se réclament d'un totem unique. Dans un passé très reculé, leurs clans ont régné dans une aire déterminée: leurs pays étaient limitrophes. Il est dès lors bien possible que leurs dynasties aient eu commune origine, et qu'elles aient conservé le totem unique de leur ancêtre commun.

III. Les clans des terricoles
(antérieurs à l'actuel dynastie)

Abazigaba

31. Le clan des Bazigaba régnait sur le Mubali, contrée actuellement devenue, dans sa partie orientale, le Parc National de la Kagera. Le premier ancêtre de nos Basindi y reçut l'hospitalité, dès sa première apparition sur terre. Comme il en est des autres clans, les Bazigaba débordent le territoire du Rwanda. La lignée de ce clan fut vaincue et éteinte par Kigeli III Ndabarasa au XVIII ème siècle. En souvenir de l'hospitalité donnée par Kabeja, roi du Mubali, aux premiers Hamites Banyiginya, le clan des Bazigaba est le Muse constructeur des rois. Le clan dynastique reconnaît ainsi, non seulement que les Bazigaba sont plus anciens dans le Rwanda, mais encore que la première installation dans le Mubali fut permise par le roi Kabeja, du même clan.

Abagesera

32. Le clan des Bagesera déborde également le Rwanda: ses représentants sont répandus dans les contrées limitrophes. Il semble que ce soit ici le clan le plus anciennement établi dans le Rwanda, si on s'en réfère à la fonction qui lui revient d'être le Muse universel, légitimant l'occupation du sol pour tous les clans, sauf celui des Basindi. Lorsqu'on voulait construire son habitation, on pouvait déblayer le terrain et égaliser. Mais on ne pouvait pas fixer les pisés et commencer les travaux avant qu'une bergeronnette (totem des Bagesera) ne vînt se poser sur l'emplacement déblayé, en vue d'y prendre des insectes. Les ouvriers s'éloignaient un peu de l'emplacement, pour favoriser l'approche libre de l'oiseau. Lorsqu'il ne se présentait pas, on allait à la recherche d'un membre du clan des Bagesera qui venaient fixer des pisés symboliques, autorisant l'occupant à bâtir son habitation. En dehors des cas cités des Basindi et Bazigaba, aucun autre clan ne peut s'arroger ce privilège de Muse installateur d'habitations.

33. Le clan des Bagesera comme nous venons de le rappeler, déborde les frontières du Rwanda; on ne saurait donc le considérer comme purement autochtone chez nous. Il a donné une dynastie, celle des Bazirankende, qui régnait sur le Gisaka. Certains auteurs, se basant sur le fait que la majorité des Bagesera est formée de Bahutu (de race Bantu) dans le Rwanda, ont hâtivement conclu que les Bazirankende étaient également d'origine Bantu, et qu'on ne saurait les appeler Hamites. Ils ne seraient que des Bantu hamitisés. Pareille position n'est possible que chez des auteurs peu au courant des clans rwandais dont ils traitent. Comme nous l 'avons tantôt exposé, ce clan, tout comme celui de l'actuelle dynastie, abrite aussi bien Hamites et Bahutu que Batwa. Dès lors, la majorité des Bagesera Bantu purs au sein du clan, n'est aucunnement une preuve établissant que tous ses membres soient des Bahutu

34. D'autre part, en appliquant aux Bazirankende l'origine Bantu,on oublie qu'il y a une différence entre le clan et la dynastie envisagée. Or, dans la zone orientale de notre Afrique, aucune lignée non hamitique n'aurait jamais osé ni réussi à s'imposer, à se faire admettre comme souveraine par ses Hamites voisins. Les Bazirankende étaient, et ils restent toujours, des Hamites de première qualité. Ils avaient un tambour dynastique reconnu par les dynasties voisines, et son Code ésotérique imposait le respect, même à nos monarques du Rwanda qui, après l'annexion du Gisaka, tinrent à liquider cérémonieusement et légalement le symbole d'une lignée hamitique vaincue. Je me rends évidemment compte que pareilles allusions ne disent pas grand-chose à ceux qui jugent nos institutions et du dehors et de haut!. Il faudrait savoir et surtout sentir ce que représente le Code ésotérique d'une dynastie. Ensuite, il faut en juger les prescriptions, non pas d'après les critères de la critique européenne, mais en suivant les critères locaux, en vigueur chez les acteurs religieusement intéressés. Aucun tambour dynastique des roitelets vraiment autochtones ne préoccupa nos monarques, puisque ces dynasties purement Bantu n'avaient pas ce Code ésotérique dont les Hamites seuls possédaient le secret.

Abasinga

35. Le clan des Basinga détenait jadis un vaste empire, sous les monarques de la dynastie des Barenge. Ces derniers étaient dénommés ainsi parce que le fondateur éponyme de leur lignée s'appelait Rurenge. Les représentants de cette antique lignée sont appelés actuellement les Basinga-basangwa-butaka; c'est-à-dire: qui se trouvaient déjà dans le pays avant l'arrivée des Banyiginya actuellement régnants. Les Basinga (Barenge ) descendaient du Nkole, évidemment, leur nom signifie: les Vainqueurs, dans le Gihima, langue parlée au nord du Rwanda. La région du Bugahe (principauté de Igara) , actuellement englobée dans le Nkole, semble avoir été leur berceau. Les Basinga immigrés ultérieurement, surtout sous Mibambwe I Mutabazi, puis sous Yuhi III Mazimpaka, venaient de cette contrée. On admet que les princes d'Igara étaient parents de ce clan.

Abacyaba

36.Le clan des Bacyaba a régné sur le Bugara, royaume vaincu plus tard par notre Ruganzu II Ndoli [1]. [n.d.l.r. Lire le "Bugara et les Bagara" de Charles Nkurunziza] Etant donné l'existence de cette dynastie qui n'avait aucune relation de parenté avec le fondateur des Banyiginya, on doit considérer comme simple invention le fait que l'éponyme des Bacyaba ait été Nyirarucyaba, fille de Gihanga. N'allons cependant pas jusqu'à douter de l'existence de cette femme, à cause des récits mythiques qui la concernent. [n.d.l.r. Lire le récit umugani "Inkomoko y' inka", paragraphe 1, et l'affirmation de Pierre Smith que Nyirarucyaba est la mère éponyme des Bacyaba] Le Code ésotérique de la dynastie et les traditions intimes de la Cour, affirment indubitablement qu'elle a vécu sous Gihanga. Qu'il y ait des famille dénommées Bacyaba, parce que descendant de cette princesse, c'est bien possible. Son nom fut claqué sur celui du clan existant des Bacyaba, mais il est faux de la considérer comme mère éponyme d'un clan dont l'extension territoriale débordait déjà alors les domaines de l'actuelle dynastie[2] .

Ababanda

37. Le clan des Babanda régna sur le Nduga, royaume qui se situait dans le Rwanda central actuel. Nos mémorialistes s'occupent de cette lignée sous les trois derniers monarques avant l'annexion du Nduga par Mibambwe I Mutabazi. Le clan se réclame, certes, du totem "Hyène" mais dans certaines régions du Rwanda on leur assigne plutôt Igikona (le Corbeau). Il semble cependant que ce soit là une opinion moins généralisée: c'est pour cela que le totem "Hyène" leur a été ici maintenu, avec le désavantage de le leur faire attribuer en même temps qu'aux Bacyaba.

38.Si leur dénomination ne se rattache pas à un ancêtre éponyme, - qui nous est inconnu, - il faudrait peut-être envisager deux autres explications. Nous savons, d'après les traditions de nos mémorialistes, que les conquérants Babanda s'infiltrèrent dans le Nduga, en venant du Bugesera. Or, le sens étymologique de Babanda est : ceux qui montent ( d'un verbe ancien: kubanda). Ils exerçaient le métier de devins et de pluviateurs. Ce fut en cette qualité, que, se prévalant d'une pluie qui mettait fin à une longue sécheresse dans le Nduga, ils détronèrent le dernier régnant des Barenge.

39.D'autre part, sous Mibambwe I Mutabazi, à l ínvasion des Banyoro, notre monarque envoya une délégation auprès de Mashira, devin renommé (le dernier régnant des Babanda), lui demandant oracle et renfort. Il lui faisait dire: "C'est aujourd'hui le tour de mon Rubanda (peuple du Rwanda), ce sera demain celui de ton Kibanda!". Il semblerait dès lors que le royaume de Mashira, qui débordait du reste le Nduga proprement dit, aurait été dénommé Kibanda. D'où la dynastie des Babanda aurait calqué son appellation sur celle de son royaume. [n.d.l.r. Lire "Ubwami mu Rwanda", sous titre II. Abahutu bayobora u Rwanda ]

Abenengwe

40.Le clan des Benengwe (c'est-à-dire Fils du Léopard) régnait sur le Bungwe, dont le territoire est à cheval sur la frontière sud, en territoire d'Astrida. Comme il est facile à constater, la dynastie avait une appellation dont le radical s'apparente à celui du pays. Ce royaume abritait d'autres groupements, tels que les Banyakarama et les Benerwamba, qui semblent être plutôt des dénominations de familles que de clans. En fait, le plus gros contingent de ces deux groupements est au Burundi; mais leurs représentants rwandais ne se réclament d'aucun totem que l'on sache.

Abongera et Abungura

41.Le clan des Bongera, en voie de disparition, régnait sur Buriza, le Bwanacyambwe et peut-être aussi sur une partie du Bumbogo actuel. On ne sait rien de plus sur ses origines.

42. a) Le clan des Bungura est le seul qui n'ait jamais eu de dynastie, parmi les clans proprement rwandais. Comme il a été dit au sujet d'autres clans, celui-ci n'est pas limité au seul Rwanda. On le rencontre en dehors également. Il existe, au sujet de cette appellation de Bungura, une distinction qu'il ne serait pas inutile de rappeler.

b) Lorsque Gihanga décida d'abandonner les insignes de sa royauté pour adopter le Tambour, il recourut aux bons offices de Rubunga, qui lui révéla une partie au moins du Code ésotérique des Barenge. A la suite de cet inappréciable service, Rubunga fut surnommé Mwungura, du verbe Kwungura= faire accomplir du progrès; parce que, précise le titre louangeur, yunguye Ingoma Ubwiru = il a doté la dynastie d'un Code ésotérique (litt. : il a surajouté le code ésotérique à la dynastie). Etant donné son nom louangeur de Mwungura (le Surajouteur), ses descendants du clan Abasindi, sont parfois appelés Abungura, d'après l'appellation de leur ancêtre. Mais il est clair que cette dénomination n'a rien de commun avec le clan, qui n'en est même pas homophone, puisque la tonalité est différente dans les deux mots.

Abasita

43.Le clan des Basita,semble être de très récente date au Rwanda où il est faiblement représenté. Il est originaire du Nkole, pays où il figure parmi les plus considérés. Mais au Rwanda, il occupe un rang moins enviable. Le plus gros contingent en est constitué de familles influentes de l'ancien royaume du Gisaka, annexé il y a cent ans.




44. Voilà les principaux clans du Rwanda. Qui dit principal sous-entend secondaire, évidemment! De fait il y a d'autres clans, mais qui ne méritent vraiment pas ce nom. Il s'agit de quelques groupes sans totem que l'on sache. Leurs dénominations ont l'air d'être des clans, mais on ne peut pas savoir s'il ne s'agit pas plutôt d'éponymies familiales. Il faudrait les situer dans leurs régions d'origine et voir à quoi ils correspondent exactement.

45. Parmi ces quasi-clans, mentionnons, comme d'origine hamitique, les Bakomankali et les Bishigatwa, originaires du Nkole. Les Bahinda séjournant sur le territoire du Rwanda ne sauraient être placés sur le même pied d'égalité que ces quasi-clans:ils appartiennent au groupe puissant , dont différentes dynasties règnent dans l'aire s'étendant du nord (par l'est) au sud-est du Rwanda.Ce clan doit être placé dans son propre milieu. Il en va de même des groupes provenant de la zone sise à l'ouest de la ligne formée par le lac Kivu et le cours de la Rusizi. Les quelques Bahavu que l'on peut rencontrer à l'ouest du Rwanda appartiennent également au groupe qui peuple la rive occidentale du lac, à la hauteur de l'île Ijwi. Les Bagwabiro , nombreux dans notre province nord-occidentale du Bugoyi, sont originaires de notre province centrale du Bunyambirili. Ils sont membres du clan des Basinga ; ils doivent être considérés en conséquence comme un groupe familial, et non comme un clan.

Notes

1.Cette dynastie des Bacyaba s'appelait Abagara dans les récits de nos Mémorialistes. La dénomination provient-elle du fait qu'elle régnait sur le Bugara, ou bien le pays fut-il ainsi désigné parce que gouverné par les Bagara? La résponse à cette question, impossible d'ailleurs à déterminer, importe peu vraiment.

2.Voir Inganji Kalinga, Vol. II, Chap. 5, No 16, où l'on trouvera refutée une du récit mythique concernant cette princesse et son époux désigné sous le nom de Kazigaba. Les compositeurs du récit ont voulu, en effet, expliquer l'origine du clan Abazigaba et Abacyaba par le partage des enfants entre Kazigaba ( d'où les Bazigaba) et Nyirarucyaba (d'où les Bacyaba)

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