Reconnaissance du pays pour le mériteAlexis Kagame , Le code des institutions politiques (Bruxelles: S.N., 1952 pp.72-79)TABLE DES MATIERES
A. Partage du butin et prix de la bravoure.
Dès que la dernière armée a eu sa réception nocturne, le lendemain commence le dénombrement du butin. Des fonctionnaires de la Cour suspendent, dès le matin, la hache appelée Rwamukire sur l’un des pisés de l’entrée principale de la capitale, pour symboliser la peine de mort réservée à quiconque osera cacher ne fût-ce qu’une vache du butin. [1] Le Roi dispose toujours de l’arc de l’expédition ; c’est-à-dire de la totalité du butin saisi par les bâtonnistes. Quant au butin privé (…), il ne doit pas paraître devant le Roi. Le Roi peut, à sa guise, ou bien adjuger tout l’arc de l’expédition à l’armée la plus pauvre en vaches, ou bien se le réserver lui-même pour apanager ses résidences chef-lieux de districts civils (…), ou bien l’abandonner à toutes les armées, chargeant leurs chefs de faire le partage équitable entre ceux qui les auront accompagnés. [2] Dans l’un et l’autre cas, le Roi aura eu soin de prélever un certain pourcentage sur le butin saisi, en vue des récompenses militaires. Il donnera des dizaines de vaches au général de l’expédition, au titre de prix de bravoure. Il donnera également une vache au même titre, à chaque chef d’armée revenant de l’expédition ; ensuite, autant à chaque bâtonniste et à chaque guerrier s’étant distingué sur le champ de bataille et spécialement à tous ceux qui auront tué au moins un ennemi. [3] Enfin chaque chef lui présentera un guerrier ayant fait preuve d’un courage exceptionnel et considéré comme le héros de l’armée durant l’expédition ; à celui-là le Roi donnera une vache à titre de prix de prouesse exceptionnelle Inka y’ubumanzi. [4] Chaque chef de l’armée ira, à son tour, passer des nuits de hauts faits à sa résidence de Cour et donnera à chaque guerrier une vache prix de bravoure, à commencer par ceux qui auront été récompensés par le Roi. Les vaches que distribuent ainsi les chefs d’armées sont celles prélevées sur le butin privé; …Si tel chef prévoit qu’il ne disposera pas d’un nombre suffisant de vaches, il en dira un mot au Roi; celui-ci lui en procurera du bétail prélevé sur le butin des armées plus favorisées par les razzias. Le Roi veillera spécialement à la livraison d’un nombre suffisant de vaches s’il s’est réservé l’arc de l’expédition. Le principe est que chaque guerrier de valeur rentre chez lui avec au moins une vache. Si l’arc de l’expédition est abandonné à chaque armée, les chefs récompenseront leurs guerriers respectifs et l’excédent du butin servira à former des troupeaux qui seront confiés à certains membres de la milice ou à des nkoma-mashyi du chef; tous ces bénéficiaires passent par le fait même dans la section des pasteurs de l’armée; …Agira de même le chef en faveur duquel le Roi aura livré tout l’arc de l’expédition;… B. Démobilisation en cas d’échec.Si l’expédition aboutit à un échec, le messager [N.d.l.r.: celui qui annonce la fin des hostilités]… annoncera la nouvelle à la Cour et toutes les armées seront démobilisées et rentreront chez elles sans autre cérémonie. Le général de l’expédition rentrera à la Cour avec les chefs d’armée modestement escortés et ils expliqueront au Roi la cause de l’insuccès. Le général de l’expédition recevra alors une vache pour honorer la dignité dont il avait été revêtu. C. Distinctions honorifiquesC’est au Roi qu’il appartient de décerner les distinctions honorifiques. Tout guerrier ayant abattu son septième ennemi recevra la distinction appelée Umudende (Collier de la Septaine). Cependant l’obtention de cette distinction dépend des conditions suivantes: les sept tués doivent être étrangers; on ne comptera pas les adversaires tués durant les expéditions punitives ou les combats occasionnels; ils doivent avoir rendu le dernier soupir sur le champ de bataille, et non ailleurs à la suite des blessures reçues. Si l’ennemi expire après avoir reçu plusieurs coups, sa mort est attribuée à celui qui l’aura blessé le premier, même si son coup avait été léger. La distinction Umudende est un collier de fer, auquel pendent des grelots en nombre pair: 2, 4, ou 6, à la hauteur de la poitrine. Par décision de Kigeli IV Rwabugili ont été abolie les obligations trop onéreuses attachées à cette distinction et qui la rendaient inaccessible aux héros de médiocre fortune. [5] Le guerrier ayant tué son quatorzième ennemi dans les conditions de règle, recevra la distinction appelée: Impotore (Torsade). La torsade consiste en un bracelet formé d’une tige de fer et d’une tige de laiton roulée l’une sur l’autre en torsade régulière. La torsade n’impose aucune obligation à celui qui la reçoit. Les distinctions honorifiques en question s’excluent: le guerrier décoré de la Torsade ne peut plus porter celle du Collier de la Septaine. Les deux objets doivent être conservés avec grand respect dans une case à part et ne peuvent être déposés à terre. Le guerrier ayant abattu son vingt-et-unième ennemi, dans les mêmes conditions, sera l’objet du grandiose cérémonial dit Crémation du Javelot et deviendra ainsi un héros national. La Crémation du Javelot (Gucana uruti) est décrétée par le Roi et son cérémonial se déroule sur la plus haute montagne de la région qu’habite le héros. [6] Les poètes, bardes, chantres guerriers, en un mot, tous ceux qui rehaussent les solennités de la Cour, y participent, par ordre du Roi. Toute la parenté du héros devra y être invitée avec tous les troupeaux de vaches lui appartenant et appartenant à ses vavassaux. Toute personne de sa parenté ou de ses vavassaux n’ayant pas pris part au cérémonial ne pourra plus se présenter devant le héros. La cérémonie commencera à la nuit tombante et se terminera à l’aube ; on veillera à ce que personne ne dorme sur la montagne et chaque vache s’y trouvant aura un homme qui l’empêchera de se reposer. Les bébés seront de même secoués continuellement pour les tenir éveillés. Le Roi ne peut être décoré que du Collier de la Septaine. [7] Il le reçoit pour sept rois ou roitelets, intronisés sous le signe d’un tambour e portant, en leurs pays, le titre de Roi, tués sous son règne Pareil prince ne peut être tué que par une expédition officielle (…) à la suite de consultations divinatoires engagées expressément à cette intention, car un sang royal ne peut être versé sans un oracle favorable certain. D’où il appert que les incursions armées ne peuvent attenter à la vie d’un prince étranger ayant porté le titre de Roi. Un prince-autochtone non-roi, appelé umuhinza (président des cultures) n’a rien du caractère sacré et le code ésotérique ne s’en inquiète pas. Lorsque l’expédition est dirigée contre un pays étranger, en vue de l’annexer, il est absolument nécessaire qu’elle soit précédée d’un libérateur offensif. On appelle libérateur offensif (Umucengeli) le héros désigné par consultation spéciale d’oracle divinatoire pour remplacer le Roi et aller verser volontairement son sang sur le champ de bataille, en vue de donner au Rwanda le droit d’annexer un territoire acheté au prix du sang royal. On appelle libérateur défensif (Umutabazi) le héros désigné de la même manière pour verser son sang à la place du Roi en vue de sauver l’indépendance du Rwanda menacé par un pays étranger. Le libérateur offensif n’est requis que pour l’annexion d’un territoire régi par un monarque régnant dans les conditions [AJUSTEMENT RED.] citées plus haut à savoir: rois ou roitelets, intronisés sous le signe d’un tambour e portant, en leurs pays, le titre de Roi [FIN AJUSTEMENT]. L’annexion d’un pays étranger s’effectue légalement parla capture de son tambour dynastique ou à la longue par l’extinction totale de sa lignée, car l’extermination complète de tous les descendants directs du dernier régnant met le pays dans l’impossibilité de ressusciter légalement sa dynastie. [8] Pour chaque trophée, il y aura des consultations divinatoires destinées à déterminer lequel des tambours dynastiques en sera orné. Le tambour dynastique qui aura atteint le nombre de trophées indiqués… ([AJUSTEMENT RED.] Tout guerrier ayant abattu son septième ennemi recevra la distinction appelée Umudende (Collier de la Septaine) [FIN AJUSTEMENT]) recevra la décoration du Collier de la Septaine. Notes
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